«Kate»: morte à l'arrivée

Mary Elizabeth Winstead (Kate) dans «Kate» 
Photo: Jasin Boland / Netflix Mary Elizabeth Winstead (Kate) dans «Kate» 

Kate est une tueuse professionnelle depuis la préadolescence. Justement, divers souvenirs, anciens et récents, assaillent sa mémoire. C’est que Kate, bien qu’encore jeune, se sait condamnée. En effet, on l’a empoisonnée et elle n’a plus que 24 heures à vivre. Une période trop courte qu’elle entend utiliser pour identifier, et tuer, son meurtrier… Et peut-être aussi expier une faute professionnelle récente. Mary Elizabeth Winstead est épatante dans le film Kate (V.F.).

Malheureusement, ce thriller d’action signé Cédric Nicolas-Troyan ne la mérite pas. De triste mémoire, on doit à ce réalisateur The Huntsman : Winter’s War (Le chasseur : la guerre hivernale, 2016), piètre suite de Snow White and the Huntsman (Blanche-Neige et le chasseur, de Rupert Sanders, 2012).

Campé à Tokyo, Kate possède il est vrai quelques qualités hormis l’interprétation sentie de sa vedette. Par exemple, le film est doté d’une trame musicale pop japonaise éminemment sympathique, en plus d’exhiber un indéniable panache visuel. Quoique sur ce point, la direction photo nocturne du talentueux Lyle Vincent (A Girl Walks Home Alone at Night), qui met en valeur les symboles en néon et les devantures d’immeubles où se meuvent diverses images aux couleurs vives, rappellera aux cinéphiles maints autres films, de Spectre (007 Spectre) à Ghost in the Shell (Ghost in the Shell : le film), en passant par John Wick.

D’ailleurs, le coproducteur de ce dernier film, David Leitch, est également coproducteur de Kate. On doit en outre à Leitch le très chouette et très stylisé Atomic Blonde, où Charlize Theron incarne le même genre de guerrière moderne que Mary Elizabeth Winstead dans Kate. Toutes deux possèdent des aptitudes pour le combat et le maniement d’armes qui les rendent redoutables, mais pas invincibles : elles subissent des blessures de toutes sortes, ecchymoses et plaies à l’appui. L’inverse d’un superhéros, ou d’une superhéroïne, que l’on sait hors d’atteinte de tout réel danger.

Pas de tension

Ce que Kate ne partage cependant pas avec Atomic Blonde, c’est une identité. Et un bon scénario. L’intrigue concoctée par Umair Aleem (Extraction, un des innombrables nanars récents de Bruce Willis) est un ramassis de lieux communs et d’idées utilisées dans d’autres films avec plus d’imagination. Celle du poison et de la mort annoncée, au cœur de l’intrigue du classique du film noir D.O.A. (de Rudolph Mate, 1950, refait en 1988), demeure porteuse, mais Aleem ne parvient jamais à semer le doute sur l’identité de la personne coupable, qu’on devine d’emblée.

L’enquête subséquente de Kate n’est que modérément intéressante. Ceci expliquant cela, il n’y a guère de tension. Certes, l’action ne manque pas et les chorégraphies sanglantes sont impressionnantes, mais elles surviennent sans être précédées du moindre suspense. C’est Mary Elizabeth Winstead, plus que le récit ou la réalisation, qui communique un sentiment d’urgence aux ultimes tribulations de Kate.

Kate qui se retrouve assez rapidement flanquée d’une adolescente, Ani (Miku Martineau), qu’elle se sent obligée de prendre sous son aile pour des raisons qu’on taira. Flotte l’influence du film Léon (Luc Besson, 1994), avec Jean Reno et Natalie Portman en guise de modèles.

À cet égard, l’évolution de la relation entre Kate et Ani n’est pas crédible, mais les comédiennes y font croire. Winstead, en particulier, réussit quasiment à elle seule à créer une impression de tragédie autour de son personnage, une antihéroïne qui vit sur des heures empruntées. Mais il y a des limites au niveau de profondeur qu’une actrice, aussi talentueuse soit-elle, peut insuffler à du matériel si mince.

 

Kate (V.O. et V.F.)

★★

Action de Cédric Nicolas-Troyan. Avec Mary Elizabeth Winstead, Miku Martineau, Woody Harrelson. États-Unis, 106 minutes. Sur Netflix.



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