Des vedettes, des films et des inquiétudes au 46e TIFF

Elle-Maija Tailfeathers joue le rôle d’une mère crie essayant de retrouver sa fille dans le thriller «Night Raiders», de la Canadienne d’origine crie Danis Goulet, un des films du volet canadien à surveiller lors de cette édition.
Photo: TIFF via La Presse canadienne Elle-Maija Tailfeathers joue le rôle d’une mère crie essayant de retrouver sa fille dans le thriller «Night Raiders», de la Canadienne d’origine crie Danis Goulet, un des films du volet canadien à surveiller lors de cette édition.

Du 9 au 18 septembre, le 46e Festival international du film de Toronto (TIFF) fait le pari du rendez-vous in situ.

L’an dernier, sous les graves assauts pandémiques, son édition fut presque exclusivement numérique. Cette fois, l’Ontario a beau voir resurgir sur son sol le virus comme une tumeur maligne, le 46e TIFF, qui démarre ce jeudi avec la comédie musicale américaine Dear Evan Hansen, de Stephen Chbosky, ose le pari des salles obscures, des vedettes sur tapis rouge et de l’ambiance à créer, si faire se peut.

Certaines versions numériques des films seront quand même offertes en ligne. Le Devoir ne pouvant s’y déplacer en septembre, on n’aura pas accès à tout, hélas ! Le film secret de Steven Soderbergh, à l’intrigue toujours dissimulée, ne devrait être présenté qu’en salle, d’ailleurs.

Le TIFF, à l’instar de bien des festivals, se redéfinit sur une planète cinéma en mutation profonde. Il n’a jamais boudé les géants des nouvelles plateformes — Netflix et compagnie, plus présents que jamais en 2021 —, mais doit jouer du coude pour garder sa grosse place sur l’échiquier des manifestations majeures. Tout en jonglant avec des protocoles sanitaires impérieux.

Ce grand rendez-vous non compétitif de Toronto s’est longtemps défini comme le festival des festivals, réservant les meilleurs morceaux de Cannes, Berlin, Venise et tutti quanti à son public. Et même s’il se montre avide de primeurs depuis plusieurs années, les gros titres de cette édition — Dune, de Denis Villeneuve ; Spencer, de Pablo Larraín, le nouveau biopic de Lady Di avec Kristen Stewart ; The Power of the Dog, de Jane Campion, coproduit au Québec ; Belfast, de Kenneth Branagh ; et autres perles de la Mostra de Venise — seront les vraies stars de la manifestation torontoise… après coup. Le festival Telluride, en sol américain, lui fait de l’ombre aussi. Rien n’est jamais acquis.

D’autres œuvres remarquables propulsées à Cannes — le puissamment magique Memoria du Thaïlandais Apichatpong Weerasethakul, le formidable Un héros de l’Iranien Asghar Farhadi, le fascinant Compartment No. 6 du Finlandais Juho Kuosmanen, l’exceptionnel Drive My Car du Japonais Haruki Murakami — rebondissent à Toronto. Idem pour le bouleversant Petite maman de la Française Céline Sciamma et l’insolite I’m Your Man de l’Allemande Maria Schrader, lancés à la Berlinale.

Il y a des primeurs, mais on sent le TIFF particulièrement à la remorque des autres manifestations étrangères. Et cette pandémie qui n’en finit plus…

Un Québec moins présent

La vocation du TIFF est multiple : servir de tremplin aux candidats potentiels aux Oscar avec maints films hollywoodiens à lancer sur les rails, sans négliger le volet international pour autant, mais aussi aux premières œuvres. Les femmes et les Autochtones se révèlent toujours nombreuses à la barre. Le TIFF est un des festivals qui embrasse avec le plus d’ardeur la cause de la diversité des genres et des origines.

En outre, il a toujours soigné son volet canadien, avec un Québec longtemps en majesté. Mais nos films s’y révèlent plus clairsemés depuis deux ans. Il y a bien une rétrospective consacrée à Alanis Obomsawin, une des enfants chéries de la maison. Hommage sera rendu à Denis Villeneuve, si souvent mis en vedette là-bas, brillant cette fois comme une comète avec son Dune. Maria Chapdelaine, de Sébastien Pilote, nouvelle adaptation du roman de Louis Hémon, sera lancé en première mondiale tout comme Les oiseaux ivres d’Ivan Grbovic, sur des travailleurs saisonniers au Québec. Du côté des courts métrages, Lolos de Marie Valade, Fanmi de Sandrine Brodeur-Desrosiers et Carmine Pierre-Dufour, ainsi que Ousmane de Jorge Camarotti participent à la délégation. Reste qu’on a déjà connu des éditions torontoises plus assoiffées de primeurs québécoises.

À surveiller au volet canadien : Night Raiders, de la Canadienne d’origine crie Danis Goulet, sur fond de grands combats identitaires autochtones, et Jagged, d’Alison Klayman, qui suit la chanteuse rock Alanis Morissette. Aussi le court métrage d’animation The Shaman’s Apprentice, du grand cinéaste inuit Zacharias Kunuk, abordant les anciens rituels du peuple des glaces.

Parmi les incontournables du rendez-vous torontois : Last Night in Soho, du Britannique Edgar Wright, campé dans l’univers de la mode des années 1960 sur une note terrifiante. Aussi : The Good House, douce romance avec Sigourney Weaver et Kevin Kline ; The Eyes of Tammy Faye, de Michael Showalter, sur le parcours de la célèbre évangéliste américaine, campée par Jessica Chastain.

Mothering Sunday, d’Eva Husson avec Olivia Colman et Colin Firth, qui se tient dans l’après-Seconde Guerre mondiale, devrait offrir des émotions au public. La comédie noire Silent Night, de Camille Griffin avec Keira Knightley, sur un dîner de Noël pas comme les autres, l’affolera, paraît-il. On a hâte de voir Le Bal des folles de la Française Mélanie Laurent, situé dans une clinique neurologique du XIXe siècle dont nul ne s’échappe sans peine. Sans oublier One Second du maître chinois Zhang Yimou, avec plongée dans un camp de travail, présenté en clôture.

Il y aura à boire et à manger. Restent ces inquiétudes liées au variant Delta, ces jeux de chaises musicales entre les festivals. Le TIFF retient son souffle. Nous aussi.

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