Les noces d'argent avec «Shang-Chi and the Legend of the Ten Rings»

Le réalisateur Destin Daniel Cretton laisse entrevoir un mélange d’assurance et d’instinct visuel tout au long du nouveau film de Marvel.
Photo: Marvel Studios/Walt Disney Pictures Le réalisateur Destin Daniel Cretton laisse entrevoir un mélange d’assurance et d’instinct visuel tout au long du nouveau film de Marvel.

Shaun, la vingtaine, paraît n’avoir aucun souci dans la vie. Bardé de diplômes, il se satisfait d’un boulot de voiturier le jour, et écume la nuit les bars de karaoké avec sa meilleure amie Katy. Seulement voilà, Shaun s’appelle en réalité Shang-Chi, et il a fui jadis le domaine de son père Wenwu, alias le Mandarin, un despote qui, grâce à dix anneaux mythiques, possède surpuissance et immortalité. Et il se trouve que papa souhaite renouer, si l’on veut, avec fiston. À la fois récit des origines et première aventure en bonne et due forme, Shang-Chi and the Legend of the Ten Rings (Shang-Chi et la légende des dix anneaux) voit l’univers cinématographique Marvel s’enrichir — c’est le mot — d’un nouveau superhéros.

Le film, le vingt-cinquième dudit UCM (ou MCU), marque donc les noces d’argent entre le studio et les « comics », une source intarissable d’inspiration. Amorcée avec Iron Man en 2008, la saga au long cours en est à sa quatrième phase officielle. C’est dire qu’après toutes ces années et ces superproductions, on discerne, sinon une recette, du moins certains poncifs. Or, si Shang-Chi and the Legend of the Ten Rings n’est pas exempt de clichés et d’archétypes inhérents au genre, le film traite ceux-ci avec fougue et imagination.

Le crédit revient d’abord à Destin Daniel Cretton, coscénariste et réalisateur. Dès le prologue narré en mandarin, langue qui reviendra souvent dans les dialogues dans un souci d’authenticité aussi appréciable qu’inaccoutumé, Cretton laisse entrevoir ce mélange d’assurance et d’instinct visuel qui caractérisera le reste du film. À cet égard, outre qu’il est dans l’ensemble efficace, le film est agréable à l’œil, ce qui n’est pas le cas de toutes les superproductions Marvel.

On est dans une palette pimpante à la Guardians of the Galaxy (Les gardiens de la galaxie) et Ant-Man. Autre aspect coutumier : l’humour et le drame se mettent mutuellement en valeur, par effet de contraste. Les moments plus sérieux sont pour la plupart réservés aux scènes entre Shang-Chi, qu’interprète Simu Liu avec un dosage parfait d’innocence et de gravité, et son père Wenwu, qu’incarne Tony Leung (Les silences du désir) avec beaucoup plus de nuances et de profondeur que ce qui devait être sur la page.

D’ailleurs, s’assurer la participation d’un acteur de la trempe de Leung constitue l’un des meilleurs coups du film, dont la distribution compte également Ben Kingsley, qui reprend son rôle d’acteur désorienté d’Iron Man 3, Benedict Wong, de retour en maître des arts mystiques vu dans Doctor Strange… Sans oublier Michelle Yeoh, en tante maternelle qui habite une contrée secrète où Wenwu s’éprit jadis de celle qui deviendrait la mère (Fala Chen, parfaite) de ses enfants.

Car Shang-Chi a une sœur, Xialing (excellente Meng’er Zhang). Ça fait beaucoup ? Assurément, et s’il est un problème qui afflige le film, c’est bien cette surabondance de personnages, de lieux et de sous-intrigues déclinées en alternance au passé et au présent.

Action époustouflante

Quoi qu’il en soit, Shang-Chi retrouvera Xialing — à Macao — dans des circonstances qu’on ne dévoilera pas, mais qui sont prétexte à la deuxième meilleure séquence d’action du film, dans des échafaudages.

La première, vraiment époustouflante, se produit à l’issue du premier acte, à l’intérieur d’un autobus lâché dans les rues en pente de San Francisco. Tandis que Shang-Chi repousse les hommes de main de son père dans cet espace confiné, Katy (Awkwafina, qui vole la vedette) tient le volant. On songe évidemment à Speed (Clanches ! [sic]), mais le combat savamment chorégraphié auquel on a droit a tôt fait de dissiper ce souvenir.

Au sujet des scènes d’action, elles ont tour à tour l’énergie exacerbée typique du genre superhéroïque, et le raffinement inattendu de Tigre et dragon (film d’Ang Lee que Michelle Yeoh remet en mémoire par sa seule présence).

Le dénouement, une explosion d’images générées par ordinateur, s’étire indûment et rajoute une couche de personnages, ou plutôt de créatures, à un récit déjà surpeuplé. Il n’empêche, à terme, Shang-Chi and the Legend of the Ten Rings s’impose comme l’un des bons crus de l’UCM.

Pour autant, après les recettes décevantes de Black Widow, Disney, qui cette fois ne sort pas le film simultanément sur sa plateforme Disney+, doit surtout espérer que le box-office donnera tout son sens au dernier mot de l’expression « noces d’argent ».

Simu Liu à propos du tournage

En marge de la conférence virtuelle avec l’équipe du film, on a pu s’entretenir seul à seul avec sa vedette, Simu Liu. Découvert dans la série d’humour de CBC Kim’s Convenience, l’acteur torontois fait non seulement ses débuts hollywoodiens, mais qui plus est en tant que figure de proue d’une superproduction
Marvel. Pression ?

 

« J’étais appréhensif pas mal tous les jours. La scène, pas qui me rendait nerveux, mais que j’avais le plus hâte de tourner, était celle vers la fin, entre Tony Leung et moi : l’ultime affrontement entre Shang-Chi et Wenwu, entre le fils et son père. Ils se sont battus, et là… mais je ne veux rien divulgâcher. C’était une scène extrêmement chargée, parce que très dense sur le plan émotionnel. C’est beau, c’est tragique, c’est poignant… c’est plein de choses en même temps. J’ai eu un plaisir fou à jouer cette dynamique avec Tony. C’était un moment très spécial. »

 

Pour le compte, partager l’écran avec la star hongkongaise s’avéra pour Simu Liu autant un bonheur qu’une école, le second étudiant volontiers le premier tout en lui donnant la réplique.

 

« Tony est un acteur tellement irrésistible. Il a maîtrisé l’art de l’immobilité : cette habileté à transmettre une foule d’émotions sans bouger, sans dire un mot. C’est son talent, son superpouvoir : d’un seul regard, il peut vous fendre le coeur, bouger des plaques tectoniques, créer un bouleversement sismique dans une scène. Le métier à son meilleur. »

 

Lorsqu’on demande au comédien quel souvenir il conserve de l’expérience, la réponse ne tarde pas : « Ça a été une aventure incroyable. On a tourné à Sydney il y a plus d’un an, et j’ai rencontré des gens, des amis, extraordinaires : on formait une bulle. On a travaillé si fort… C’était mon premier rôle à Hollywood, et qu’il s’agisse d’un tel film en plus, c’est très spécial. »


Shang-Chi et la légende des dix anneaux (V.F. de Shang-Chi and the Legend of the Ten Rings)

★★★ 1/2

Aventures de Destin Daniel Cretton. Avec Simu Liu, Awkwafina, Tony Leung, Meng’er Zhang, Fala Chen, Florian Munteanu, Michelle Yeoh. En salle puis sur Disney+ dès le 18 octobre.



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