«Le meilleur pays du monde»: et si?

La caméra intimiste de Ky Nam Le Duc garde une distance avec les personnages.
Photo: FunFilm Distribution La caméra intimiste de Ky Nam Le Duc garde une distance avec les personnages.

En 2021, le Canada a été élu meilleur pays du monde. En tout cas, c’est le classement du magazine américain U.S. News & WorldReport et de la Wharton School de l’Université de Pennsylvanie. Meilleure qualité de vie, progressiste, opportunités professionnelles... Mais ce n’est pas ce Canada-là que dépeint Ky Nam Le Duc dans Le meilleur pays du monde, son second long métrage.

Nous sommes dans un futur très proche. Un parti d’extrême droite a été élu à la tête du gouvernement québécois.

Racisme galopant et fermeture prochaine des frontières, voilà la nouvelle réalité de ce Québec que personne ne pensait voir un jour. Au milieu de cette débâcle, trois personnages formeront malgré eux un noyau familial.

Il y a Hiên, immigré vietnamien qui a fui les communistes pour refaire sa vie au Québec et qui pense fuir à nouveau. Puis il y a Alex, son ex-gendre, démuni depuis le départ de sa compagne. Et enfin le petit Haïtien Junior, fils de la femme de ménage d’Alex. Un jour, celle-ci lui demande de garder Junior pour aller voir sa mère malade aux États-Unis avant que la frontière ne soit bouclée. Mais elle ne revient pas. D’ailleurs, elle n’a pas de mère aux États-Unis. La femme s’est volatilisée. Alex s’allie donc avec Hiên pour retrouver sa trace.

« Les temps durs créent les hommes durs, les hommes durs créent les bons temps. Les bons temps créent les hommes faibles, les hommes faibles créent les temps durs. » Ce proverbe cité par Hiên tisse un leitmotiv dans cette balade mélancolique sur l’immigration et l’intégration. La recherche de la mère de Junior sert plutôt de prétexte au cheminement intérieur de Hiên et d’Alex. L’ancien se dresse comme un repère pour les personnages qui gravitent autour de lui, une force tranquille qui révèle au compte-gouttes les épreuves qu’il a connues et sur lequel le regard tendre du réalisateur transpire dans chaque plan (Le Duc s’est inspiré du vécu de sa propre famille).

Il lui oppose Alex, dépressif, dépendant, de sa compagne puis de Hiên, et qui a besoin d’apprendre de son beau-père pour s’adapter à ce monde en bouleversement. Nguyen Thanh Tri et Mickaël Gouin servent une interprétation pudique et touchante de ces deux personnages. La pudeur est une constante dans ce Meilleur pays du monde. La dystopie que dépeint Le Duc n’est jamais présentée de façon frontale. Nulle image de politique. On ne la voit pas. On l’entend seulement, par des émissions de radio, donnant le sentiment d’une menace immuable, une ombre qui plane sur tous. Ce qu’on en perçoit, ce sont les propos racistes — bien que les actes ne soient pas montrés frontalement — et le ressenti des personnages.

Avec eux, la caméra intimiste de Ky Nam Le Duc garde une distance. Peu importe à quel point ceux-ci sont chamboulés, aucun gros plan intrusif ne vient s’imposer dans leurs aléas émotionnels. Des mouvements de caméra lents, voire rares, renforcent cette atmosphère mélancolique. C’est là la qualité du film, mais aussi sa faiblesse.

Car le rythme en pâtit et c’est dommage. Monocorde et lent, il ne laisse pas la tension dramatique monter au fil des minutes, qui paraissent plus longues qu’elles ne le sont dans ce récit initiatique pourtant touchant.

Le meilleur pays du monde

★★★

Drame de Ky Nam Le Duc avec Nguyen Thanh Tri, Mickaël Gouin, Stanley Junior Jean-Baptiste. Québec, 110 minutes. En salle.



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