«Le sens de la famille»: sans dessus dessous

Le cinéma français ajoute ici une plus-value à la comédie d’échange de corps dont s’enticha le cinéma américain vers la fin des années 1980.
Photo: AZ Films Le cinéma français ajoute ici une plus-value à la comédie d’échange de corps dont s’enticha le cinéma américain vers la fin des années 1980.

Vers la fin des années 1980, le cinéma américain s’enticha de la comédie d’échange de corps, ou body swap. Généralement, un enfant se retrouve dans le corps d’un adulte, souvent un parent, et vice versa, avec hilarité variable à la clé. La mode dura le temps de quelques films de qualité de plus en plus discutable, puis s’estompa. Avec Le sens de la famille, voici que le cinéma français s’y met, mais en ajoutant une plus-value : dans cette variation hexagonale, ce sont tous les membres d’un clan qui sont touchés.

Le film de Jean-Patrick Benes (Vilaine, 2008) s’inscrit donc dans la lignée des Vice Versa (1987), Like Father, Like Son (Mon père, c’est moi, 1987), Big (Petit bonhomme, 1988), et autres Freaky Friday (Un vendredi dingue, dingue, dingue !, 1976), ancêtre du sous-genre refait trois fois. Sans oublier la récente et réjouissante comédie d’horreur Freaky (Bizarre, 2021).

Chaque fois, un souhait formulé en même temps par les différentes parties concernées, ou encore un objet magique, est responsable du grand chambardement. Le sens de la famille reprend ces deux conventions, en plus d’affirmer sa nationalité en ramenant les gifles à l’avant-plan (on croirait revivre le cinéma français de naguère tant elles pleuvent).

De qui s’agit-il ? De la famille Morel : Sophie, la mère ; Alain, le père ; Valentine, l’aînée ; Léo, le benjamin, et Chacha, la cadette. Après un premier brassage identitaire qui voit notamment Valentine se retrouver dans le corps de sa maman, cette dernière, dans celui de Chacha, Chacha dans celui de papa, etc., le phénomène se reproduit : débarquée à l’improviste, mamie Thérèse s’ajoute à l’équation.

Montagnes russes

Évidemment, tout cela ne pouvait pas plus mal tomber, Alain, Sophie, Valentine, Léo et Chacha vivant une forme ou une autre de crise sur les fronts professionnel, personnel, amoureux, hormonal, alouette, en un ensemble de circonstances tenant parfois du magma dramatique.

On l’aura compris, avant même que tout un chacun change de corps, la famille Morel était au bord de l’éclatement. Et si, à terme, cette malédiction était une bénédiction déguisée ? Certes, le message est aussi peu subtil que conservateur, mais le film ne craint pas les petites touches transgressives ici et là, voire queer lorsqu’Alain devient Sophie, quoique cela demeure plus cosmétique que réflexif.

Les gags font mouche une fois sur deux, mais il en est une poignée qui sont vraiment bien pensés. En un cas de figure similaire, le rythme est en montagnes russes (le prologue est campé dans un parc d’attractions, tiens), et la dernière partie impliquant la profession médicale tire le film vers le bas. On éprouve une impression de remplissage narratif tant ces développements tardifs semblent plaqués sur le reste.

De leur côté, les interprètes s’amusent à l’évidence beaucoup. Les plus jeunes se révèlent fort convaincants, avec mention spéciale à Mathilde Roehrich, savoureuse dans son évocation d’une mamie Thérèse d’abord coincée, puis libérée dans le corps de Valentine.

C’est cependant Alexandra Lamy, une habituée de la comédie, qui vole la vedette alors que le corps de Sophie est successivement habité par Valentine et Alain. Alain, qui est joué par Frank Dubosc, est enclin au cabotinage : comparé aux autres, il en fait un peu trop. Bref, pas mémorable, mais pas désagréable.

Le sens de la famille

★★ 1/2

Comédie fantaisiste de Jean-Patrick Benes. Avec Alexandra Lamy, Frank Dubosc, Mathilde Roehrich, Rose de Kervenoaël, Nils Othenin-Girard, Christiane Millet. France, 2021, 92 minutes. En salle.



À voir en vidéo