«Prisoners of the Ghostland»: le charme singulier d'un Nicolas Cage exalté

Nicolas Cage est égal à lui-même. Ce n’est pas une mauvaise chose puisqu’à l’évidence, l’excentricité farouche de Sion Sono était faite pour s’accorder avec la sienne.
Photo: Métropole Films Distribution Nicolas Cage est égal à lui-même. Ce n’est pas une mauvaise chose puisqu’à l’évidence, l’excentricité farouche de Sion Sono était faite pour s’accorder avec la sienne.

Au cours de la dernière décennie, les carrières de Nicolas Cage et de Bruce Willis, deux des plus grosses vedettes masculines des années 1990, sont pour ainsi dire parties en vrille. Or, si le second semble résigné à encaisser des chèques pour apparaître dans des séries Z, le premier multiplie les choix… surprenants. Ainsi, pour chaque navet comme Grand Isle ou A Score to Settle, on retrouve un Mandy ou un Pig, beau film qualifié par plusieurs de « grand retour » de Cage. Où se situe Prisoners of the Ghostland (V.O.) ?

Quelque part entre les deux, ou peut-être plus précisément, quelque part en périphérie, voire en orbite. On ne recourra pas à l’image éculée de « l’ovni cinématographique » pour décrire le film, car en l’occurrence, Prisoners of the Ghostland s’inscrit parfaitement dans la foisonnante et très hétéroclite filmographie de Sion Sono.

En effet, on doit au cinéaste japonais des films aussi variés que Love Exposure, histoire d’amour débridée sur fond de délire sectaire, Love & Peace, ou l’amitié improbable entre un jeune musicien et une tortue vouée à devenir gigantesque (kaiju), ou encore Tokyo Tribe, comédie musicale d’action (!) où s’affrontent divers gangs dans un Japon réinventé.

Cette idée d’une réalité alternative ou fantasmée est reprise — et amplifiée — dans Prisoners of the Ghostland. L’action duquel se déroule dans un monde postapocalyptique, dans la ville de Samurai Town. Si le nom évoque d’emblée le western, le décor, lui, campe le film entre le Japon féodal, un Blade Runner du pauvre et le pinku eiga (films érotiques japonais).

De quoi s’agit-il ? On y suit le périple de Hero (Cage), un criminel forcé de s’aventurer hors des limites de Samurai Town afin d’aller récupérer Bernice (Sofia Boutella), la petite-fille adoptive du gouverneur de la ville (Bill Moseley), dans le Ghostland du titre. Vil personnage, le gouverneur a forcé la main de Hero en l’enfermant dans une combinaison de cuir piégée, avec notamment des explosifs attachés à l’entrejambe. De là à dire que la vie de Hero part en couille, il n’y a qu’un pas (on pardonnera le trait vulgaire, le film ne donnant guère dans le bon goût ou la subtilité).

Voilà donc Hero lancé, pas mal comme Snake Plissken avant lui dans Escape from New York (New York 1997), dans une mission de sauvetage en zone dévastée, mais recelant mille périls. Là-bas, il deviendra le leader, comme Mad Max dans Beyond the Thunderdome (Mad Max au-delà du dôme du tonnerre, en V.F.) avant lui, d’une meute de laissés-pour-compte qu’il mènera à la révolte.

C’est dire qu’en matière de récit, Prisoners of the Ghostland offre du réchauffé, du moins en théorie. En pratique, le film s’avère tellement bourré de séquences incongrues et de moments bizarres que l’on cesse vite de suivre les grandes lignes pour s’intéresser davantage aux apartés. Là réside l’intérêt, ou enfin l’originalité, du film.

Égaux à eux-mêmes

Doté d’une artificialité assumée, le film parvient à transcender sa dimension fauchée à coups de couleurs vives et saturées, de compositions étudiées et d’angles insolites. Égal à lui-même, Sion Sono filme avec élégance des scènes à teneur volontiers grotesque : le contraste produit déstabilisera, dans le bon sens, qui est sensible au style du cinéaste.

Le film possède une énergie particulière : on sent presque la pulsation sous-jacente qui l’anime. On s’étonne, d’ailleurs, que Sono soit parvenu à déployer un tel mouvement d’ensemble, une telle charge cinétique, alors qu’il se remettait à peine d’une crise cardiaque.

Quant à Nicolas Cage, que dire sinon qu’il est lui aussi égal à lui-même. Ce n’est pas une mauvaise chose puisqu’à l’évidence, l’excentricité farouche de Sion Sono était faite pour s’accorder avec la sienne.

Est-il utile de le préciser : Prisoners of the Ghostland n’est pas pour tout le monde. Même que le film n’est sans doute pas pour grand-monde. On n’est pas dans la catégorie « tellement mauvais que c’est bon », mais plutôt « il faut le voir pour le croire ». Mais là encore, qui a suivi ne serait-ce qu’un tant soit peu la trajectoire professionnelle de Nicolas Cage ne s’attendra pas à moins.

Prisoners of the Ghostland (V.O.)

★★★

Action de Sion Sono. Avec Nicolas Cage, Sofia Boutella, Bill Moseley, Yuzuka Nakaya, Tak Sakaguchi. États-Unis, 103 minutes. Au cinéma du Parc dès le 27 août et en VSD (V.O. et V.F.) sur la plupart des plateformes à partir du 14 septembre.

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