«Live Story, chronique d’un couple»: like-nous!

S’il y a quelques accents de vérité dans les dialogues, on a l’impression d’assister à la même dispute sans qu’il y ait de progression dramatique.
Photo: K-Films Amérique S’il y a quelques accents de vérité dans les dialogues, on a l’impression d’assister à la même dispute sans qu’il y ait de progression dramatique.

Jean-Sébastien Lozeau souhaitait si ardemment réaliser son premier long métrage qu’il a préféré se tourner vers le sociofinancement et compter sur l’aide de ses proches et amis pour mettre au monde Live Story, chronique d’un couple. Avec des délais d’attente qui paraissent parfois interminables et des budgets souvent bien en deçà des désirs, on peut comprendre pourquoi il a tourné le dos aux institutions.

De cette façon, le réalisateur, qui avait déjà au compteur quelques émissions de variétés (L’été indien) et documentaires (Au nom de Jéhovah), s’est offert le luxe de créer en toute liberté. Certes, il faut saluer son courage — sa prétention ? — de lancer ce film qui, bien qu’ayant été sélectionné aux Percéides et au Rendez-vous du cinéma québécois et francophone de Vancouver, risque de récolter des critiques tièdes et d’être vu par une poignée de spectateurs. Et ce, même si ce drame, porté par deux acteurs sans filet, tend un miroir troublant à notre ère nombriliste.

Mettre en scène sa vie

Ironiquement, Live Story, chronique d’un couple prend sa source dans le deuxième roman de Lozeau, Ces jours juste avant le dernier, publié à compte d’auteur, où, celui qui avait raconté son enfance chez les témoins de Jéhovah dans Réveillez-moi ! (VLB éditeur) relatait l’éclatement de sa famille.

Plutôt que de se contenter d’illustrer la dérive des sentiments d’un homme fragilisé par une rupture, le réalisateur a voulu y apporter une réflexion sur cette obsession de vouloir mettre en scène sa vie sur les réseaux sociaux.

Récemment séparé de la mère de son fils (Marie-Anne Alepin), Alex (Sébastien Ricard, bon ami du réalisateur) se lance à corps perdu dans une liaison avec Monica (Marilyn Bastien, amie de Lozeau et productrice du film), mère de famille échaudée par une séparation.

Au cours d’une promenade dominicale à Dunham, Alex, qui est cinéaste, se met en tête de tester leur couple en diffusant en Facebook Live. Lui reviennent à l’esprit des moments heureux et peu glorieux de cette idylle tumultueuse.

En guise de contrepoint aux prises de vues brouillonnes du couple qui se délite (gracieuseté de Ricard qui filme le tout téléphone en main), Jean-Sébastien Lozeau souligne à diverses reprises l’aspect factice de cette relation condamnée à l’échec en se permettant quelques pointes de fantaisie. Cruellement, celles-ci mettent en lumière le manque de budget du film et le peu de créativité du metteur en scène.

Ainsi, tandis que se multiplient les mots-clics à l’écran, Lozeau résume la liaison de quelques mois par une suite de plans tournés sur fond blanc où les tourtereaux posent dans diverses tenues. Pour illustrer le désespoir de Monica et l’impuissance d’Alex, il enferme ses acteurs dans une cage de verre où ils exécutent des mouvements évoquant vaguement la danse contemporaine.

Dans un long métrage de moins 80 minutes, ces instants semblent servir de remplissage… car au bout du compte, Live Story, chronique d’un couple raconte assez peu.

S’il y a quelques accents de vérité dans les dialogues, artificiels et pompeux au demeurant, on a l’impression d’assister en boucle à la même dispute sans qu’il y ait réellement de progression dramatique.

Il est vrai que le couple se sépare près d’une dizaine de fois. Pour rappeler au spectateur la dimension sociologique de sa réflexion, Lozeau, que l’on aperçoit dans la peau d’un voyeur assistant au Facebook Live, montre les bouquets d’émojis que récoltent Alex et Monica. On repassera pour la profondeur.

Trop peu, trop tard

Et que dire de ces personnages peu aimables que défendent avec ferveur Ricard et Bastien ? Noyés dans les clichés, ils se drapent fièrement dans leurs névroses, exposent leurs blessures vives comme des trophées. Elle lui reproche d’être trop lié à son fils (Thomas Haché) et de ne penser qu’au sexe ; il lui reproche d’être folle. Elle se met à hurler ; il lui ordonne de se taire. Et puis, ils baisent. « Wham ! Bam ! Thank you Ma’am ! », comme le chantait Dean Martin.

Et ça recommence. Jusqu’à la finale où, pour l’une des rares fois dans le récit, on sent la détresse du personnage masculin. Trop peu, trop tard.

Live Story, chronique d’un couple

★★

Drame de Jean-Sébastien Lozeau. Avec Sébastien Ricard, Marilyn Bastien, Marie-Anne Alepin et Thomas Haché. Canada (Québec), 2020, 79 minutes. En salle.



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