«Reminiscence»: futur antérieur

Dans un futur relativement proche, les changements climatiques ont provoqué un réchauffement tel que les gens vivent désormais la nuit et dorment le jour. Une importante crue des eaux a partiellement englouti Miami. Autour d’un îlot fortifié réservé aux puissants, les vestiges de la ville abritent une faune qui survit comme elle le peut. Nick (Hugh Jackman, monotone) est de cette nouvelle plèbe.
Photo: Warner Bros. Dans un futur relativement proche, les changements climatiques ont provoqué un réchauffement tel que les gens vivent désormais la nuit et dorment le jour. Une importante crue des eaux a partiellement englouti Miami. Autour d’un îlot fortifié réservé aux puissants, les vestiges de la ville abritent une faune qui survit comme elle le peut. Nick (Hugh Jackman, monotone) est de cette nouvelle plèbe.

C’est une histoire de détective amateur lancé sur la piste d’une élusive et séduisante jeune femme. C’est aussi celle d’un riche magnat qui ourdit un sombre complot en coulisses. Ramenées à leur plus simple expression, ce sont là les grandes lignes d’une pléthore de films noirs d’antan. Or, il s’agit plutôt du résumé de la récente superproduction Reminiscence (Réminiscence).

Écrit et réalisé par Lisa Joy, cocréatrice avec son conjoint Jonathan Nolan, ici coproducteur, de la série Westworld, Reminiscence s’inscrit dans la suite logique de la démarche du couple. Ainsi, après avoir reconfiguré (à partir d’un concept original de feu Michael Crichton) l’un des genres les plus emblématiques de la télé et du cinéma américain, le western, en l’abordant sous l’angle de la science-fiction, Lisa Joy tente une expérience similaire en revisitant cette fois le film noir : un autre genre éminemment codifié.

Le résultat s’avère, hélas, pas mal moins convaincant. Les bonnes idées ne manquent pourtant pas.

Dans un futur relativement proche, les changements climatiques ont provoqué un réchauffement tel que les gens vivent désormais la nuit et dorment le jour. Une importante crue des eaux a partiellement englouti Miami. Autour d’un îlot fortifié réservé aux puissants, les vestiges de la ville abritent une faune qui survit comme elle le peut. Nick (Hugh Jackman, monotone) est de cette nouvelle plèbe.

Des archétypes

Ancien interrogateur de l’armée, Nick opère avec son ancienne sœur d’armes Watts (Thandiwe Newton, excellente) une machine permettant à qui l’utilise de s’immerger (littéralement) dans des souvenirs heureux. Les temps étant durs, la nostalgie a la cote.

Entre un jour en scène (littéralement, bis) une mystérieuse cliente, Mae (Rebecca Ferguson, persuasive), dont Nick s’éprend sitôt qu’il l’aperçoit. Mae n’a pas les mots « attention : femme fatale » tatoués sur le front, mais c’est tout comme. En une tentative grossière de justifier la naïveté de Nick, on répète plusieurs fois à quel point il est « aveugle ».

Mae n’est pas la seule figure connue, puisque tous les personnages sont de purs archétypes : l’antihéros hanté par un amour impossible, la femme fatale aux maintes volte-face, l’amie dure à cuire (ou « tough gal ») pas si secrètement amoureuse dudit antihéros… En théorie, cela se défend, exercice de style oblige, mais en pratique, c’est trop peu de profondeur psychologique pour éprouver quelque empathie envers les personnages. Les vedettes leur insufflent autant de substance qu’elles le peuvent, mais elles sont limitées par le scénario.

Un scénario qui essaie très fort de créer l’illusion d’une intrigue sinueuse, mais dont les tenants et aboutissants sont si évidents, si prévisibles, que le cinéphile a tôt fait de tracer une ligne droite jusqu’au dénouement. Lorsque la « révélation » est enfin énoncée, elle fait l’effet d’un pétard mouillé, ce qui est presque de circonstances au vu du décor.

Réalisation élégante

Opulents, les costumes et la direction artistique multiplient les rappels des années 1930-1940-1950, en phase avec l’influence « noir » de l’ensemble. Évidemment, comme l’action est surtout nocturne, on pense à Blade Runner (de Ridley Scott, 1982), fin mot en matière de fusion entre science-fiction et film noir.

À noter qu’à l’époque, le studio imposa à Scott une narration débitée par le protagoniste : un procédé cher au film noir, à utiliser avec prudence. Par la suite, un « Director’s cut » (1992) et un « Final cut » (2007) retirèrent cette narration, révélant une œuvre éminemment plus poétique. Peut-être par purisme envers le genre, Reminiscence use et abuse au contraire de la narration, qui devient vite monotone et surexplicative, en plus d’atténuer la charge élégiaque du film.

Cela étant, l’influence principale du film n’est pas Blade Runner, mais Inception (2010), de Christopher Nolan, frère de Jonathan Nolan et beau-frère de Lisa Joy — c’en est parfois gênant. L’idée maîtresse de se replonger dans un passé plus vrai que vrai est très similaire à celle du tourisme immersif de Westworld, qui exploite mieux le filon.

Il est en revanche une multitude de jolis clins d’œil, comme la robe rouge de Mae pareille à celle de Jessica dans Who Framed Roger Rabbit ? (Qui veut la peau de Roger Rabbit ?, de Robert Zemeckis, 1988), ou ces trains à fleur d’eau admirés auparavant dans Le voyage de Chihiro(d’Hayao Miyazaki, 2001).

Pour le compte, la mise en scène demeure élégante et fluide. Le va-et-vient entre la réalité et les souvenirs projetés par la machine de Nick donne lieu à de gracieuses circonvolutions de caméra : Lisa Joy a l’œil.

À l’instar de ses personnages irrésistiblement attirés par le passé, le film convoque le souvenir d’œuvres antérieures. Le hic étant que, contrairement à celles-ci, Reminiscence n’est guère mémorable.

 

Réminiscence (V.F. de Reminiscence)

★★ 1/2

Science-fiction de Lisa Joy. Avec Hugh Jackman, Rebecca Ferguson, Thandiwe Newton, Cliff Curtis, Angela Sarafyan. États-Unis, 2021, 116 minutes. En salle.



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