L'éducation de Maria Mazza

Déjà complice de Mariana Mazza pour l’adaptation de son spectacle solo «Femme ta gueule», Alec Pronovost, dont c’est le premier long métrage, aima d’emblée ce qu’il lut.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Déjà complice de Mariana Mazza pour l’adaptation de son spectacle solo «Femme ta gueule», Alec Pronovost, dont c’est le premier long métrage, aima d’emblée ce qu’il lut.

À trente ans, Maria mène une existence sans attaches, sans but, sans passion… et sans emploi. Ce qui explique qu’elle habite toujours chez sa mère, qui la pousse en vain à se prendre en main. Acculée au mur, Maria doit se trouver un travail. C’est ainsi qu’elle devient enseignante suppléante dans une école secondaire en dépit de son absence totale d’expérience, voire de compétence. Réalisée par Alec Pronovost, la comédie Maria a été coécrite et met en vedette Mariana Mazza. On a discuté avec eux à l’occasion de la première du film aux Fantastiques week-ends du cinéma québécois de Fantasia.

Il y avait un bout de temps que l’humoriste Mariana Mazza, qui a élargi son éventail au jeu depuis un moment déjà (Bon cop bad cop 2, De père en flic 2), souhaitait écrire un scénario de film. Mais encore fallait-il avoir une bonne idée. À terme, c’est une vieille interrogation qui lui fournit l’étincelle de départ.

« Je me suis toujours demandé, à notre époque où les téléphones cellulaires sont omniprésents, y compris dans les classes avec les élèves, comment les profs voudraient vraiment réagir s’ils le pouvaient », explique Mariana Mazza.

 
Photo: TVA Films Maria est tout sauf un modèle au commencement du film. Ses meilleures amies (dont Alice Pascual, à droite) lui reprocheront d’ailleurs son narcissisme chronique.

Et de fait, dans le film, l’héroïne forte en gueule qu’incarne Mariana Mazza ne craint pas de haranguer ses élèves, leur répondant volontiers sur le même ton qu’eux se permettent de lui parler : stupeur bouche bée pour hilarité assurée.

C’est que Maria n’a aucune formation, aucune notion de pédagogie. Du reste, sa directrice (Korine Côté) gère l’école selon des standards assez particuliers, faute de ressources, de personnel, de tout, en somme.

Génération et relations

Cela étant, aussi attachante soit-elle, Maria est tout sauf un modèle au commencement du film. Ses meilleures amies (Florence Longpré et Alice Pascual) lui reprocheront d’ailleurs son narcissisme chronique. En la matière, sa propre mère (Isabel dos Santos) ne lui en laisse pas passer une non plus.

« Je trouve que ma génération, quand on n’a pas ce qu’on veut, c’est à nos yeux rarement de notre faute, poursuit Mariana Mazza. C’est toujours à cause de quelqu’un d’autre, ou parce qu’on n’a pas eu de chance. Jamais, ou en tout cas rarement, on se dit : peut-être que si je me forçais… ? J’ai donc mélangé ces deux éléments, mon questionnement et ce constat générationnel. »

Or, Maria n’a pas uniquement une toile de fond scolaire : le film s’attarde également aux relations les plus importantes pour la protagoniste. « Les relations mères-filles et les relations d’amitié, ce sont des sujets qui me touchent beaucoup ; ça me parle, donc ça allait de soi que ce soit intégré au film. »

Mariana Mazza confie avoir adoré collaborer avec Justine Philie pour l’écriture du scénario, une expérience qu’elle confie avoir vécue comme un bel apprentissage. « Au début, Justine et moi, on a pitché plein d’idées de scènes et de dialogues, puis on a coupé énormément de choses. C’était vraiment un travail d’équipe le fun, et on a été super bien coachées, notamment pour ce qui touche à la courbe évolutive du personnage. »

Visualiser l’humour

Déjà complice de Mariana Mazza pour l’adaptation de son spectacle solo Femme ta gueule, Alec Pronovost, dont c’est le premier long métrage, aima d’emblée ce qu’il lut.

« Mariana me disait tout le temps qu’elle voulait faire un film et qu’on pourrait collaborer à nouveau, mais dans ce milieu-là, tout le monde affirme toujours être en train de préparer un film. Et bref, j’avais mis ça de côté dans ma tête, mais quelques mois plus tard, Mariana m’a appelé en m’annonçant que le film se faisait. J’ai embarqué sans hésiter. »

Alec Pronovost, derrière la websérie d’humour Le Killing, arriva dans le projet avant que soient faites les coupes évoquées par Mariana Mazza.

Je me suis toujours demandé, à notre époque où les téléphones cellulaires sont omniprésents, y compris dans les classes avec les élèves, comment les profs voudraient vraiment réagir s’ils le pouvaient

 

« Quand je l’ai lu la première fois, le scénario devait faire deux cents pages, se souvient-il en riant. C’était une grosse épopée. Toute la sous-intrigue concernant la carrière d’actrice du personnage était plus importante… On est allé plus à l’essentiel. Ma première impression, c’est que je me retrouvais dans ce récit-là, dans cette voix-là : il y avait quelque chose du film Billy Madison [Tamra Davis, 1995], de The King of Staten Island aussi [Judd Apatow, 2020]… Des films avec des personnages en quête de leur vie, en quête de sens, mais à travers l’humour. »

À ce propos, on le sait, mettre en scène l’humour n’est pas chose aisée, d’autant que l’effort ne doit surtout pas transparaître, au risque, justement, de dissiper l’effet comique.

« J’ai conçu ma mise en scène en me référant aux comédies américaines, québécoises, anglaises, françaises, etc., que j’aime moi-même consommer. Je voulais que le film ait une esthétique attrayante sans être esthétisant, parce que les personnages devaient être au cœur de tout. Sans en abuser, j’ai privilégié une caméra à l’épaule intimiste. Je voulais un traitement à la fois dynamique et chaleureux. »

Tournage épique

Or, le tournage ne fut pas de tout repos puisqu’il se tint en pleine deuxième vague de la pandémie, qui plus est sur une période très serrée de quatorze jours. À titre indicatif, un tournage moyen au Québec dure généralement deux fois cela.

« Ça s’est bien déroulé malgré tout. Les contraintes [sanitaires] en place étaient nombreuses et nécessaires, et il fallait savoir naviguer dans cette réalité-là sans que le projet en souffre. Pour la contrainte de temps, c’est certain qu’il fallait goaler, mais mon CV, c’est de la websérie, des courts métrages indépendants et du vidéoclip, alors j’ai l’habitude de me débrouiller. Et puis, la production m’a permis d’amener mon équipe avec moi, ce qui a fait une énorme différence. »

Même son de cloche chez Mariana Mazza : « J’arrivais préparée, je ne me donnais pas le droit à l’erreur. Ç’a été un tournage super le fun, mais très discipliné : on n’avait aucun lousse. À la fin, on s’est tous regardé en se disant : “Oh my god ! C’est un miracle qu’on y soit arrivé !” Je salue le travail de l’équipe. On a vraiment été des Jedi. »

Le film Maria est présenté à Fantasia au cinéma Impérial, le 16 août, avant de prendre l’affiche le 20 août.



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