«Free Guy»: simulacre et simulations

«Free Guy» dégage un côté tonique étonnant (et bienvenu en ces temps où la réalité fait si peur). Cette qualité, cependant, est sans doute en bonne partie imputable à l’interprétation complètement au diapason de Ryan Reynolds.
Photo: Twentieth Century Fox «Free Guy» dégage un côté tonique étonnant (et bienvenu en ces temps où la réalité fait si peur). Cette qualité, cependant, est sans doute en bonne partie imputable à l’interprétation complètement au diapason de Ryan Reynolds.

Guy se réveille chaque jour à la même heure d’excellente humeur. Il exécute la même routine matinale, revêt les mêmes vêtements, puis passe une journée identique à celle de la veille. Tout autour, certaines personnes, qu’on distingue à leurs lunettes fumées, semblent mener une existence beaucoup plus excitante faite de périls et d’action. C’est que, comme on le découvre au début du film Free Guy (L’homme libre), de Shawn Levy, Guy est un « personnage non joueur » dans un populaire jeu vidéo. Or, Guy n’en est pas moins très, très spécial…

C’est que, depuis peu, ce commis de banque réellement sans histoire (Ryan Reynolds) apporte de menus changements à ses habitudes pourtant bien programmées. Lorsqu’un jour il met la main sur l’une de ces fameuses paires de lunettes qu’arborent les avatars des joueuses et joueurs, Guy découvre un pan inédit de l’univers parallèle qui est le sien.

Cela, tandis que, dans la réalité, Keys (Joe Keery, alias Steve dans Stranger Things), un jeune et brillant programmeur, essaie de comprendre ce qui se passe, et que Millie (Jodie Comer, la révélation de Killing Eve), programmeuse surdouée également, tente de mettre au jour un sombre complot en investiguant à l’intérieur même du jeu sous le pseudo Molotov Girl.

On ne dira pas comment ni pourquoi, mais Guy, Keys et Millie seront amenés à unir leurs forces contre Antwan (l’acteur cinéaste Taika Waititi, incroyable), le vil propriétaire du jeu.

En théorie, Free Guy réunit une foule de concepts et d’éléments narratifs disparates empruntés à They Live(Invasion Los Angeles, de John Carpenter, 1988), pour les lunettes fumées révélant une réalité cachée, The Truman Show (Le show Truman, de Peter Weir, 1998), pour le protagoniste qui ressent un vide et prend conscience que toute sa vie n’est qu’un simulacre, Dark City (Cité obscure, d’Alex Proyas, 1998), pour un principe similaire mais avec reconfiguration(s) à la clé, The Matrix (La matrice, des sœurs Wachowski, 1999), pour la réalité dissimulée par un environnement virtuel comme une prison, et enfin, Ready Player One (Player One, de Steven Spielberg, 2018), pour ladite réalité virtuelle en forme de faux eldorado nourrie à la culture pop.

Un simulacre pour moult simulations, pour inverser la proposition de Baudrillard.

Aisance désarmante

Du réchauffé brouillon, du déjà-vu ? Pas du tout ! Cela, parce que le scénario de Matt Lieberman et Zak Penn assemble ces influences variées avec humour, intelligence (si, si) et verve, créant un ensemble aussi cohésif que ludique. La réalisation hyperefficace de Shawn Levy, à la barre de maints épisodes de Stranger Things, tiens, et dont c’est là la meilleure comédie depuis l’hilarant Date Night (Méchante soirée, 2010), maintient un dynamisme constant.

En fait, Free Guy dégage un côté tonique étonnant (et bienvenu en ces temps où la réalité fait si peur). Cette qualité, cependant, est sans doute en bonne partie imputable à l’interprétation complètement au diapason de Ryan Reynolds. Pas mal plus inspirée que dans le récent The Hitman’s Wife’s Bodygard (La femme de mon meilleur ennemi, de Patrick Hughes, 2021), la vedette endosse et crédibilise la dimension « méta » de l’exercice avec une aisance désarmante, un peu comme dans Deadpool. Reynolds y va d’un mélange de candeur et de bonhomie plus que parfait.

Free Guy constitue donc une belle et bonne surprise certaine de mettre d’excellente humeur, a fortiori si, comme Guy, l’on commence à sentir l’usure de la routine.

L’homme libre (V.F. de Free Guy)

★★★ 1/2

Comédie fantaisiste de Shawn Levy. Avec Ryan Reynolds, Jodie Comer, Joe Keery, Utkarsh Ambudkar, Lil Rel Howery, Taika Waititi. États-Unis, 2020, 115 minutes. En salle.



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