Quentin Reynaud raconte la cruauté du sport de haut niveau

L’action de «5ème» set est construite autour de matchs éliminatoires.
Photo: TVA Films L’action de «5ème» set est construite autour de matchs éliminatoires.

Quentin Reynaud a été un enfant joueur de tennis de haut niveau à la Villa Primrose, club plus que centenaire à Bordeaux. N’eût été une blessure à la cheville qui l’a laissé plusieurs mois sur le carreau à 15, 16 ans, sans doute, comme tant de ses copains, aurait-il continué la compétition en caressant des rêves de triomphe international, souvent en vain. « À la fin de ma scolarité, j’ai choisi de ne jouer qu’en amateur », évoque le cinéaste français.

Il a suivi des cours d’art dramatique à Paris, fondé en 2010 sa société de production, Building Films, avant de devenir réalisateur. Les vocations fleurissent parfois sur des accidents de parcours.

Dans son long métrage 5ème set, le personnage principal est un ancien grand espoir du tennis, Thomas Edison (Alex Lutz), qui a perdu la main et refuse d’accrocher sa raquette. À 36 ans, épaulé par sa compagne (Ana Girardot), mais raillé par sa mère impliquée dans la profession (Kristin Scott Thomas), il donne toute la gomme lors d’un tournoi crucial. Le film prend l’affiche sur nos écrans vendredi après des reports pandémiques.

De Paris chez Unifrance, Quentin Reynaud évoquait sa trajectoire : « Je n’ai jamais été pris dans la ronde des espoirs déçus, mais c’est un milieu que je connais bien, tant dans sa mythologie que dans ses coutumes à travers les témoignages de mes compagnons qui faisaient de la compétition. La fin de course d’un sportif, on appelle ça la petite mort. Pour des athlètes de 30 à 40 ans qui furent au centre de l’arène, c’est fini, terminé. J’ai voulu présenter l’envers du décor. »

Pratiquer quatre mois

 

Même s’il avait beaucoup pratiqué l’équitation, son interprète Alex Lutz (déjà mis en scène dans son Paris-Willouby en 2015) n’était pas un joueur de tennis. Il dut pratiquer durant quatre mois, quatre heures chaque jour, sous les conseils d’un entraîneur, juste pour donner le change dans sa gestuelle. « Aucun comédien n’aurait pu avoir le niveau requis pour la compétition, déclare Quentin Reynaud. Il devait être crédible entre les points, pour amorcer un service ou faire rebondir une balle. Une doublure, Frédéric Petitjean, prenait le relais lors des matchs et des entraînements. Il y avait entre les deux hommes une synergie, une connivence, en plus d’une ressemblance physique. »

Thomas est perçu ici en partie à travers le regard des autres : sa terrible mère, le public qui a perdu foi en lui, sa compagne, une ancienne joueuse, qui se tient à ses côtés.

Photo: Yohan Bonnet Agence France-Presse Le cinéaste français Quentin Reynaud

« Le personnage de Kristin Scott Thomas représente la cruauté du sport et celle des parents qui poussent leur progéniture vers les sommets, explique le cinéaste. Les enfants veulent réussir aussi pour les impressionner. Cette mère regrette presque de lui avoir mis tant de pression sans avoir pu en faire un champion. Leur relation est douloureuse. La grande actrice a apporté au rôle la dualité qu’elle porte en elle. Elle s’est amusée dans un rôle à contre-courant de celui de la diva anglo-saxonne. »

Ana Girardot précise que le rôle de « la femme de » ne l’intéressait pas. « J’ai retravaillé mon personnage, dit-elle. Elle soutient son mari et s’occupe du bébé, mais exige qu’il respecte leur entente. Il fallait jouer avec les non-dits, les frustrations de cette ancienne sportive. Quentin nous a donné l’occasion de prendre notre temps pour respirer, pour laisser les émotions venir. »

À Roland-Garros

 

Pour la première fois, un long métrage de fiction était tourné au stade parisien Roland-Garros. Bernard Giudicelli, alors président de la Fédération française de tennis, a donné à l’équipe de Quentin Reynaud carte blanche. « Il a senti la sincérité de notre démarche, notre envie de montrer les valeurs du tournoi. Je désirais aussi offrir au spectateur l’expérience Roland-Garros. Ce lieu inaccessible comme joueur fut mon lieu de travail durant un mois. Un honneur ! »

L’action se voit alors construite autour des matchs éliminatoires. Leur résultat a énormément d’incidences sur les sommes d’argent dont disposera un joueur durant l’année. « Être qualifié signifie énormément, même du côté de la survie. Ces tournois deviennent des joutes passionnelles. »

Sur un film d’une heure quarante, le match occupe 25 minutes et le cinéaste a choisi de le tourner caméra à l’épaule. « Sur un ring, les boxeurs se touchent. Sur un court de tennis, les joueurs sont éloignés. Je cherchais à rapprocher les personnages. Le caméraman avait un équipement de protection. Il fallait capter la synergie du moment. On ne saura jamais si Thomas mettra un terme à sa carrière après ce tournoi. On ne sait même pas s’il le gagnera ou le perdra. Mais on sent son obsession de la victoire, cet objectif fou qui le dévore. Le sujet de mon film, c’est ça. »

5ème set sort en salle le vendredi 13 août.



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