«Dream Horse»: un rêve à partager

Le scénario  de Neil McKay offre une protagoniste attachante  à laquelle Toni Collette confère relief et humanité. Jan n’est pas un rôle flamboyant, mais cela n’empêche pas l’actrice de  se transformer jusqu’à disparaître derrière le personnage. Ici, Collette donne dans  le petit point émotionnel.
MK2 Mile End Le scénario de Neil McKay offre une protagoniste attachante à laquelle Toni Collette confère relief et humanité. Jan n’est pas un rôle flamboyant, mais cela n’empêche pas l’actrice de se transformer jusqu’à disparaître derrière le personnage. Ici, Collette donne dans le petit point émotionnel.

À l’écran, la succession de commerces fermés, de maisons en rangées à vendre et de bâtiments décatis ne laisse planer aucun doute quant à l’absence de prospérité du secteur. C’est dans ce contexte semi-urbain, semi-rural, que se déroule Dream Horse (Le grand pari), basé sur une inspirante histoire vraie. L’héroïne du film, incarnée par la toujours merveilleuse Toni Collette, se prénomme Jan et, à l’instar du patelin du pays de Galles qui l’a vue naître, elle a connu des jours meilleurs.

Concierge et caissière dans un magasin à grande surface de la ville voisine et serveuse dans le seul bar du coin encore en activité, Jan travaille pour deux. Brian, son conjoint, un chômeur arthritique, passe en effet tout son temps devant la télévision, commentant volontiers ce qui s’y passe sous le regard de plus en plus excédé de Jan.

C’est qu’en dépit des revers et du malheur, Jan a en elle cette pulsion diffuse, mais irrépressible, la poussant à vouloir améliorer son sort. Il lui faut un projet, quelque chose qui la force à se projeter dans l’avenir. En somme, elle a besoin d’un rêve auquel se raccrocher. Élever un cheval de compétition sera ce rêve.

Or, on le sait, une telle entreprise exige expertise et moyens, de telle sorte que Jan opte d’emblée pour la formation d’une coopérative avec des concitoyens prêts à cotiser malgré le côté initialement farfelu de l’affaire.

Film-réconfort assumé

 

On l’écrivait, Dream Horse est inspiré de faits réels, et malgré l’inévitable enjolivement dramatique de-ci de-là, le film demeure très réaliste. Le scénario de Neil McKay, un vétéran de la télévision britannique, offre une protagoniste attachante à laquelle Toni Collette confère relief et humanité. Jan n’est pas un rôle flamboyant (contrairement à Joni dans Knives Out), mais cela n’empêche pas l’actrice de se transformer jusqu’à disparaître derrière le personnage. Ici, Collette donne dans le petit point émotionnel, un peu comme dans In Her Shoes(Chaussure à son pied, 2006).

Les deux alliés de Jan, c’est-à-dire Brian, son mari, et Howard, un expert initialement récalcitrant, sont solidement campés par Owen Teale et Damian Lewis, respectivement. La galerie de personnages tertiaires est, elle, juste assez typée pour être savoureuse.

Certes, une certaine prévisibilité prévaut quant au parcours du magnifique cheval Dream, des premières victoires au triomphe final en passant par l’inévitable blessure qui viendra jeter une ombre sur le futur. Quoique, là-dessus, on est dans le domaine du film-réconfort assumé.

Un autre vétéran de la télévision, Euros Lyn, réalise le tout avec un mélange approprié de chaleur et d’économie, préférant à l’évidence mettre en valeur sa talentueuse distribution plutôt que sa caméra : un choix qui s’avère avisé.

Une tradition

 

De manière plus générale, Dream Horse s’inscrit dans la tradition anglaise de la comédie dramatique à connotation sociale. On pense par exemple à The Full Monty (Le grand jeu, 1997), sur fond de chômage dans l’industrie de l’acier, à Billy Elliot(2000), avec son rappel de la grève des mineurs sous Thatcher, ou encore au récent Military Wives (Chœur de femmes, 2019), abordant les contrecoups du conflit en Afghanistan « à la maison », ce dernier film étant basé lui aussi sur une histoire vraie.

Dans Dream Horse comme dans ces productions antérieures, le rêve improbable d’une personne ou d’un petit groupe devient collectif, ranimant la flamme d’une communauté diversement éprouvée. Sans égaler les deux premiers titres cités, Dream Horse s’impose comme un bon cru du genre.

Cela, en bonne partie grâce à une autre performance gagnante de Toni Collette, véritable pur-sang du jeu s’il en est.

Le grand pari (V.F. de Dream Horse)

★★★ 1/2

Comédie dramatique de Euros Lyn. Avec Toni Collette, Damian Lewis, Owen Teale. Grande-Bretagne– États-Unis, 2021, 113 minutes. En salle.



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