«The Suicide Squad», prise 2

Tous sont coupables d’un méfait ou un autre mais ont, comme on dit, un bon fond. Et bref, les voici qui débarquent dans le pays fictif de Corto Maltese (calqué «grosso modo» sur Cuba) où, évidemment, rien ne se passera comme prévu.
Photo: Jessica Miglio Tous sont coupables d’un méfait ou un autre mais ont, comme on dit, un bon fond. Et bref, les voici qui débarquent dans le pays fictif de Corto Maltese (calqué «grosso modo» sur Cuba) où, évidemment, rien ne se passera comme prévu.

Ils forment une bande disparate de criminels dont les aptitudes s’apparentent à celles de superhéros. Certains sont humains, d’autres pas. En usant de divers moyens de coercition, le gouvernement américain les a obligés à effectuer une mission périlleuse — voire mortelle, d’où leur surnom d’« escadron suicide » — dans un pays ayant récemment fait l’objet d’un coup d’État. Leur objectif : infiltrer et détruire un laboratoire où se déroulent des recherches ultrasecrètes impliquant une créature extraterrestre. Après un premier essai raté, The Suicide Squad (L’escadron Suicide : la mission) bénéficie d’un reboot présenté en avant-première mercredi à Fantasia, et en salle le 6 août.

Tout d’abord, une précision : non, il n’est pas nécessaire d’avoir vu Suicide Squad (L’escadron Suicide, réalisé en 2016 par David Ayer) pour comprendre ou apprécier The Suicide Squad, pour lequel le réalisateur James Gunn a obtenu permission de faire table rase. En fait, et c’est une bonne chose, quelqu’un qui n’aurait vu aucun film de l’univers cinématographique DC (la tentative jusqu’ici largement vaine de Warner Bros. de concurrencer Disney et Marvel) n’aura aucune peine à suivre l’action.

Action qui démarre avec un sourire en coin bien arrimé, et qui propose une mise en place à temporalité morcelée fort efficace. C’est d’emblée drôle, prompt à vouloir surprendre, et très sanguinolent : les bases sont jetées, le ton est donné. Si le commando est composé de plusieurs personnages excentriques, les deux protagonistes sont Harley Quinn, une psychopathe souriante et bizarrement attachante, et Bloodsport, alias Robert DuBois, un expert en armes ayant entre autres réussi à neutraliser Superman.

Tous sont coupables d’un méfait ou un autre mais ont, comme on dit, un bon fond. Bref, les voici qui débarquent dans le pays fictif de Corto Maltese (calqué grosso modo sur Cuba) où, évidemment, rien ne se passera comme prévu.

À cet égard, James Gunn, qui signe également le scénario, s’est ingénié à multiplier les retournements inattendus : certains le sont, d’autres pas, y compris la révélation finale. À la mise en scène, le réalisateur du merveilleux Guardians of the Galaxy (Les gardiens de la galaxie), qui reste dans une classe à part au rayon des films de superhéros, maintient une inventivité visuelle et un niveau d’énergie constants. Longueurs il y a néanmoins, surtout lors du premier acte.

Hormis ses effets spéciaux d’excellente tenue, le film a pour lui une distribution en tout point formidable, laquelle compte quelques interprètes figurant déjà au générique du Suicide Squad de 2016. C’est le cas de Margot Robbie, qui fait encore mouche en Harley Quinn. La séquence où elle déjoue ses geôliers avant d’exterminer un nombre incalculable de soldats est épatante : un véritable ballet de corps-à-corps létal, de coups de feu, de lames effilées et de sang qui gicle. Cela, tandis que ses compagnons arrivent à la rescousse pour rien, Gros-Jean comme devant.

D’ailleurs, James Gunn fait des efforts notables pour déconstruire, en les tournant en ridicule, les poncifs machos longtemps inhérents au genre, mais qui n’ont à présent plus guère la cote (ce qui est tant mieux). À noter, en outre, qu’il n’est pas obligatoire d’avoir vu Birds of Prey (Birds of Prey et la fabuleuse histoire d’Harley Quinn, réalisé en 2020 par Cathy Yan), film mieux reçu mettant en vedette le personnage de Margot Robbie. Idris Elba, qui incarne Bloodsport, se révèle une présence tout aussi bienvenue que celle de sa covedette. À son personnage cynique, il confère une belle complexité émotionnelle. Et comme d’habitude, son charisme habite chaque centimètre de l’écran. Mention spéciale à l’immense Viola Davis, impayable en directrice taciturne mais implacable de la « Task Force X », qui tient en laisse ces super-vilains ou superhéros, selon le point de vue.

Le cas Ayer

En terminant, il convient de revenir sur le précédent opus. De fait, son réalisateur et scénariste, David Ayer, y est allé d’une lettre ouverte bien sentie demandant à Warner Bros. de rendre disponible son montage (son « director’s cut ») de Suicide Squad, alléguant que la version sortie dans les cinémas en 2016 n’a rien à voir avec sa vision. Il faudra voir si le studio pliera, comme il l’a fait en diffusant récemment Zack Snyder’s Justice League après l’échec en 2017 de la version remontée par le studio.

Au final, s’il est une leçon que Warner Bros. devrait retenir de sa collaboration avec James Gunn pour The Suicide Squad, c’est que le studio a tout à gagner à laisser davantage les coudées franches aux cinéastes qu’il embauche. Quoique, à terme, ce sera sans doute le box-office qui tranchera.

 

L’Escadron Suicide: la mission (V.F. de The Suicide Squad)

★★★

Aventures de James Gunn. Avec Margot Robbie, Idris Elba, John Cena, Daniela Melchior, Viola Davis. États-Unis, 2021, 132 minutes. En salles.

À voir en vidéo