«The Green Knight»: la ballade de l'apprenti chevalier

Le thème de l’héroïsme est prévalent, et le réalisateur David Lowery l’explore en profondeur, aidé en cela par une performance brillante de l’acteur britannique Dev Patel.
Photo: Eric Zachanowich Le thème de l’héroïsme est prévalent, et le réalisateur David Lowery l’explore en profondeur, aidé en cela par une performance brillante de l’acteur britannique Dev Patel.

Il était jadis un jeune homme prénommé Gawain qui rêvait de devenir chevalier. Un jour, un être mi-homme, mi-arbre, le « chevalier vert », se présenta à la cour. « Que l’un de vous s’avance et me porte un coup, intima le visiteur. Dans un an jour pour jour, ce preux viendra me trouver à la chapelle verte, et je le frapperai en retour, puis nous nous quitterons sans acrimonie. » Saisissant sa chance, Gawain se proposa et décapita le chevalier vert… qui n’en repartit pas moins sur sa monture en riant. L’année écoulée, Gawain n’eut d’autre choix que de faire face à son destin.

Librement inspiré d’une ballade arthurienne du XIVe siècle, The Green Knight (Le chevalier vert) est une fantaisie médiévale s’intéressant davantage à la poésie du récit et de l’image qu’à des scènes d’action sanglantes et autres clichés chevaleresques. Et pour cause : le cinéaste David Lowery, derrière l’aussi insolite qu’original A Ghost Story (Une histoire de fantôme, 2017), en est l’auteur. Lowery a scénarisé, réalisé, coproduit et monté The Green Knight. L’ensemble est d’une beauté exquise.

Le cinéaste s’avère particulièrement habile dans son utilisation de gros plans ou de plans rapprochés qui, au détour d’un travelling arrière, révèlent un contexte inattendu qui informe ou reconfigure carrément la situation. Lowery joue du montage à des fins similaires. On en observe un exemple éloquent en première partie, lors de la séquence du banquet, juste avant l’arrivée du chevalier vert : Gawain est filmé en gros plan, et les convives, le roi et la reine, en plans serrés, séparément. Lorsqu’il survient, le plan d’ensemble laisse coi, car révélant que tous sont en réalité attablés autour de la mythique Table ronde.

Cette technique est en l’occurrence représentative d’un film qui n’a de cesse de déjouer les attentes. Ainsi, à mesure que Gawain l’apprenti chevalier progresse dans sa quête, certaines avenues empruntées laissent présager tels développements. Or, c’est rarement, sinon jamais, ce qui se produit. Le thème de l’héroïsme est évidemment prévalent, et David Lowery l’explore en profondeur, aidé en cela par une performance brillante de Dev Patel.

À divers moments, le film semble remettre en cause la notion même d’héroïsme, démontrant, au gré du récit, à quel point il s’agit d’un leurre. L’idée qu’on célèbre volontiers de faux héros est également avancée, avec en filigrane ce constat que la superstition est sans doute le pire ennemi du bien. Riche d’interrogations, de critiques, d’allusions, The Green Knight est le genre de film qui commande plus d’un visionnement.

Passages mémorables

Bien qu’il soit limpide que David Lowery ait aimé le fabuleux Excaliburde John Boorman, son approche est fort différente. On est dans le contemplatif mâtiné de surnaturel davantage que dans le baroque chargé de bruit et de fureur.

Atout majeur : la direction photo d’Andrew Droz Palermo (collaborateur de Lowery sur A Ghost Story) est remarquable. L’esthétique déployée est proche — et c’est une qualité — de celles de films comme The VVitch (La sorcière, 2015) de Robert Eggers, ou Gretel & Hansel d’Oz Perkins. Avec ses chants tour à tour célestes et sinistres, la musique de Daniel Hart (qui ressemble énormément à celle de The VVitch, tiens) ajoute une note d’étrange majesté.

Certes, le rythme, qui participe à l’effet hypnotique, se fait parfois plus languissant que lent, et le cinéaste se complaît de-ci, de-là, dans son brio formel. Cela étant, si Lowery se rend jusqu’à la frontière du maniérisme, il ne la franchit jamais : son film envoûte, intoxique. Il est de ces passages ! On songe à cette rencontre avec un défilé de géants enveloppés de brume, et où ceux-ci entonnent un chant semblable à celui des baleines : mémorable.

L’est, au fond, le film tout entier, œuvre d’un cinéaste qui, à l’évidence, n’est plus un apprenti.

Le chevalier vert (V.F. de The Green Knight)

★★★★

Fantaisie de David Lowery. Avec Dev Patel, Alicia Vikander, Joel Edgerton, Sarita Choudhury, Sean Harris, Kate Dickie. États-Unis, 2021, 130 minutes. En salle.



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