«Sam», coeur froid

Avec ses accidents saugrenus, ses hasards douteux et ses coïncidences invraisemblables, l’intrigue de «Sam» est à la fois prévisible et improbable.
Photo: Les Films Séville Avec ses accidents saugrenus, ses hasards douteux et ses coïncidences invraisemblables, l’intrigue de «Sam» est à la fois prévisible et improbable.

Sam a 22 ans. Avec l’aide de sa sœur, qui est aussi son entraîneuse, le nageur de haut niveau rêve de se qualifier pour les Jeux olympiques. Chaque jour, avant de se rendre à la piscine, le jeune athlète prend le temps d’exprimer la colère qu’il ressent envers son père en perçant d’un dard une photographie le représentant.

Précisons que l’homme a déserté la vie des siens il y a plusieurs années, au moment où sa femme recevait un diagnostic de dystrophie musculaire.

Cinq ans après 1 : 54, Yan England est de retour avec Sam, un deuxième long métrage, toujours à ranger dans la catégorie des drames sportifs et à nouveau porté par sa muse, le comédien Antoine Olivier Pilon.

Malheureusement, le nouvel opus, coscénarisé avec André Gulluni (Origami, Roche papier ciseaux), n’arrive pas à la cheville de celui qui l’a précédé. Il y avait dans la première réalisation une grâce, une candeur, un dynamisme et une pertinence du propos qui ne sont plus au rendez-vous.

Avec ses accidents saugrenus, ses hasards douteux et ses coïncidences invraisemblables, l’intrigue de Sam est à la fois éminemment prévisible et hautement improbable.

On s’abstiendra évidemment de vous révéler ces terribles mésaventures cardiaques dans le détail, mais disons que la fatalité qui s’abat sur les personnages est à ce point tragique, et par moments ouvertement mélodramatique, qu’elle entraîne à quelques reprises le film sur le territoire déconcertant du grotesque.

Pétris de bons sentiments, empruntant à des genres que l’on pourrait qualifier de canoniques, comme le film de dépassement sportif contrarié et la comédie romantique où l’un des héros adolescents est condamné à mourir, Sam présente bien peu d’originalité.

Avec son rythme hoqueteux et ses dialogues sans reliefs, des répliques qui sonnent parfois tellement faux que cela rejaillit sur le jeu des acteurs, le film s’enlise, se satisfait des sentiers battus et se termine dans une apothéose d’altruisme.

Avenues intéressantes

Quelques avenues à peine esquissées auraient pourtant pu être empruntées de manière plus franche.

D’abord celle du fantastique, où le fantôme d’un adolescent mort dans un accident de la route (Lévi Doré, inquiétant à souhait) aurait pu prendre plus d’importance et sublimer l’intrigue.

Il faut admettre qu’Antoine Olivier Pilon n’est jamais aussi convaincant dans ce film que lorsque son personnage, probablement l’un des plus lisses qu’il a interprétés dans sa carrière, est visité par ses démons.

Mais la sphère la plus prometteuse, celle qui offre les meilleurs moments, et qu’on se refuse pourtant à investir pleinement, est celle qui lie le héros, rappelons-le privé de figure paternelle, au père endeuillé à qui le destin a cruellement retiré un fils, un rôle qu’incarne de manière poignante, le mot n’est pas trop fort, Stéphane Rousseau.

Si cet aspect de l’intrigue avait été développé, non seulement le film aurait trouvé un cœur battant, mais le personnage monolithique de la sœur, avec lequel Mylène Mackay fait ce qu’elle peut, aurait fort probablement, lui aussi, gagné en complexité.

 

Sam

★★

Drame de Yan England. Avec Antoine Olivier Pilon, Mylène Mackay, Stéphane Rousseau et Milya Corbeil-Gauvreau. Québec, 2021, 95 minutes. En salle.

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