«The Hidden Life of Trees»: à l’école des arbres

Peter Wohlleben se rend en Suède auprès d’un arbre qu’on appelle Old Tjikko, littéralement «Vieux Tjikko», une épinette rabougrie dont le réseau de racines aura bientôt 10 000 ans.
Photo: Métropole Films Peter Wohlleben se rend en Suède auprès d’un arbre qu’on appelle Old Tjikko, littéralement «Vieux Tjikko», une épinette rabougrie dont le réseau de racines aura bientôt 10 000 ans.

L’Allemand Peter Wohlleben, ingénieur forestier et écrivain, a fait sensation en publiant en 2015 le livre La vie secrète des arbres, traduit au Québec chez MultiMondes, qui révélait, non sans une certaine controverse, le mode de communication insoupçonné des arbres entre eux. On y apprenait notamment que les arbres ont une vie sociale, que chacun d’entre eux a un tempérament, et que la forêt naturellement poussée est la meilleure voie pour que les arbres vivent vieux.

Cette fois, c’est le documentariste Jörg Adolph qui prend la caméra pour suivre Wohlleben dans la forêt, de l’Allemagne à la Suède, en passant par l’île de Vancouver. La vie des arbres nous est beaucoup moins familière que celle des animaux, nous apprend-il, entre autres parce que les arbres sont des êtres infiniment lents. Wohlleben se rend d’ailleurs en Suède auprès d’un arbre qu’on appelle Old Tjikko, une épinette rabougrie dont le réseau de racines aura bientôt 10 000 ans. Alors que cet arbre a traversé des changements climatiques majeurs, un seul coup de scie à chaîne peut le détruire à jamais, fait-il remarquer. La réflexion fait mouche.

Le discours de Wohlleben est donc un plaidoyer pour la forêt naturelle qui, sans aucune intervention, peut faire pousser dix fois plus d’arbres qu’une terre qu’on aurait replantée. Dans cette forêt, les jeunes arbres poussent plus lentement, protégés par l’ombrage de leurs « parents ». Et plus un jeune arbre pousse lentement, plus il a de chances d’atteindre un grand âge, cela étant dit évidemment hors de toute équation capitaliste.

La jeunesse d’un arbre peut durer de 200 à 300 ans, explique Wohlleben. Or, les coupes à blanc font en sorte que les jeunes pousses n’ont pas l’ombre des vieux arbres et, par conséquent, ils poussent plus vite. Trop vite. Et en Allemagne, comme sans doute dans bien d’autres endroits du monde, on ne sait à peu près plus à quoi ressemble une forêt naturelle, tant le couvert forestier a été modelé par l’humain.

The Hidden Life of Trees démontre aussi comment le fait qu’un arbre soit cultivé dans une pépinière, par exemple, puis transplanté ailleurs, lui cause un traumatisme qui affectera toute sa croissance. Les arbres qui sont plantés en ville, notamment, meurent le plus souvent prématurément.

Peter Wohlleben a été durant vingt ans ingénieur forestier pour le gouvernement allemand avant de fonder sa propre académie. Il s’oppose aux coupes à blanc, à l’usage des pesticides, mais aussi à l’usage de machinerie lourde, qui compacte la terre et l’assèche par conséquent.

Dans le documentaire, l’ingénieur se déplace sur l’île de Vancouver, où il rencontre des Autochtones et intervient auprès de bûcherons pour lesinviter, sans grand succès d’ailleurs, à faire des coupes plus sélectives. Le sujet de la vie des arbres est fascinant, et Peter Wohlleben est sans aucun doute une mine d’information sur la question. Mais ce sujet, qui se penche sur la beauté du monde, aurait précisément mérité un traitement visuel plus affiné ou plus original. Les plans du film, par ailleurs présenté en allemand et en anglais sous-titré en anglais, donnent trop souvent à voir le professeur Wohlleben s’adressant à ses étudiants. 

The Hidden Life of Trees

★★★

Documentaire de Jörg Adolph. Allemagne, 2021, 80 minutes. En salle.

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