«Anormal»: un jour, une vie

En instance de divorce, Guy (Gael García Bernal) et Prisca (Vicky Krieps) emmènent leurs enfants pour de dernières vacances familiales dans un tout compris luxueux…
Photo: Universal Studios En instance de divorce, Guy (Gael García Bernal) et Prisca (Vicky Krieps) emmènent leurs enfants pour de dernières vacances familiales dans un tout compris luxueux…

Avec sa bande-annonce de plus de trois minutes où sont dévoilées les grandes lignes du récit et plusieurs scènes clés, quelles surprises pouvait encore nous réserver la nouvelle offrande de M. Night Shyamalan (Sixième sens, Signes, Le village) ? Rassurez-vous, même ceux qui ont lu Château de sable (Atrabile, 2013), bande dessinée de Frederik Peeters et Pierre-Oscar Lévy à la source d’Anormal (V.F. de Old), auront droit à une finale inattendue. Laquelle pourrait très bien décevoir ceux qui préfèrent les fins ouvertes…

En instance de divorce, Guy (Gael García Bernal) et Prisca (Vicky Krieps) emmènent leurs enfants, Maddox et Trent, respectivement âgés de 11 et 6 ans, pour de dernières vacances familiales dans un tout compris luxueux. À peine arrivée, la famille se fait offrir d’aller se prélasser une journée sur une plage secrète. À sa grande surprise, d’autres familles y sont conviées et une star du rap (Aaron Pierre) s’y trouve déjà.

Après quelques incidents inexplicables qui auront pour effet d’effrayer les vacanciers, le paradis ensoleillé devient un enfer anxiogène. Intrusive, insistante, la caméra de Mike Gioulakis (It Follows, Glass, Us) croque les acteurs en très gros plan, les cernant sans merci, effectuant un ballet hypnotique autour d’eux. Au diapason avec le soleil de plomb, la musique de Trevor Gureckis (Le chardonneret, Servant) accentue l’atmosphère suffocante.

Dans l’impossibilité de retourner à l’hôtel, les adultes tentent de comprendre comment leurs enfants sont devenus des adolescents en si peu de temps. Bientôt, ils découvrent qu’une journée sur cette plage équivaut à 50 ans. C’est dire comment le temps y passe vite. C’est dire aussi qu’il y aura des morts s’ils demeurent prisonniers de cette plage mystérieuse. Étonnamment, le rythme devient dès lors plus lent, comme si le temps était suspendu.

Au-delà des éléments horrifiques — carrément grotesques dans certaines scènes-chocs —, ce qui saisit le plus dans Anormal, c’est qu’il nous renvoie à notre aliénant rythme de vie effréné, à notre refus de vieillir et à notre peur de mourir. Tandis que le jour décline, les personnages sentent leurs forces les quitter. La mélancolie nous envahit à chaque signe de vieillissement qui apparaît sur le visage des acteurs — malgré le latex parfois trop visible.

Si l’on s’attache au couple que forment Gael García Bernal et Vicky Krieps, on se serait passé de celui composé par Rufus Sewell, qui en fait des tonnes, et Abbey Lee, bimbo caricaturale frisant l’hystérie. Quant à Nikki Amuka-Bird et à Ken Leung, ils doivent se contenter de passer les plats.

Contrairement à la bédé, qui se terminait avec les enfants, devenus grands, construisant un château de sable, M. Night Shyamalan, qui apparaît à quelques reprises dans le film, a refusé d’abandonner le public sur une enveloppante note crépusculaire. Si surprenante qu’elle soit, la fin, aux relents de théorie du complot, qu’il a imaginée n’est malheureusement pas à la hauteur de la prémisse. Comme cela arrive trop souvent chez Shyamalan.

Anormal (V.F. de Old)

★★★

Thriller de M. Night Shyamalan. Avec Gael García Bernal, Vicky Krieps, Rufus Sewell, Abbey Lee, Nikki Amuka-Bird, Ken Leung et Aaron Pierre. États-Unis, 2021, 109 minutes. En salle.



À voir en vidéo