«Kaamelott: premier volet»: Alexandre Astier remet le couvert sur la Table ronde

Alexandre Astier, créateur et réalisateur de Kaamelott, tient le rôle du roi Arthur dans le premier film de la trilogie.
Photo: MK2 Mile End Alexandre Astier, créateur et réalisateur de Kaamelott, tient le rôle du roi Arthur dans le premier film de la trilogie.

En 2009, la série Kaamelott se terminait sur la tentative de suicide du roi Arthur, qui confia ensuite les clés du royaume à son rival Lancelot. Ce dernier, transformé en tyran, força Arthur à quitter le pays. Quant aux chevaliers de la Table ronde, ils organisèrent, plus mal que bien, la résistance, espérant assister un jour au retour du roi.

Plus de 10 ans après la fin de la série culte créée par Alexandre Astier, le roi Arthur et les bras cassés de la Table ronde remettent le couvert, sur grand écran cette fois, avec Kaamelott : premier volet. Dire que le long métrage faisant suite à la série était attendu tiendrait de l’euphémisme, puisque les préventes pour les avant-premières ont battu le record pour un film français : 60 000 places vendues en 24 heures.

Oui, l’attente a été longue pour les amateurs de la série. Pour des questions juridiques, entre autres, mais aussi parce que l’histoire gagnait à attendre, explique le créateur et réalisateur, « parce qu’il y a une situation d’occupation, parce qu’il fallait que les choses se calent entre résistants et collabos ». Ou, pour citer le seigneur Perceval, parce que « la patience est un plat qui se prépare à l’avance ».

Un homme de parole

Pour autant, depuis 2009, l’interprète du roi Arthur n’a pas chômé, puisqu’il a sorti notamment deux films d’animation adaptés des bédés Astérix. Là encore, on retrouvait la patte de l’auteur qui fleure bon la gouaille franchouillarde, celle-là même qui a fait le succès de Kaamelott. Un verbiage comme on n’en avait plus entendu depuis la fin de l’ère Audiard père. On en viendrait même à se demander si ce n’est pas cette réplique du célèbre dialoguiste des Tontons flingueurs qui a inspiré la création des personnages à Alexandre Astier : « Les cons, ça ose tout. C’est même à ça qu’on les reconnaît. »

Pas consensuel pour un sou, le réalisateur — également scénariste, dialoguiste, compositeur et monteur — a cependant une méthode bien à lui : « Je me laisse guider par la musicalité naturelle de l’acteur. C’est surtout l’envie de faire parler quelqu’un. C’est avant tout musical, pas sémantique. C’est l’acteur qui prime. »

Astier le dit tout net, il n’écrit pas de personnages. Il écrit pour quelqu’un. Au point de ne pas faire passer d’auditions. « Je choisis quelqu’un, je lui demande de travailler avec moi et parce qu’il me dit oui, je lui écris quelque chose, à lui. Mais il faut qu’il en ait envie et il modifie l’histoire par sa présence. C’est le comédien ou la comédienne qui va m’éclairer sur là où le film va, souvent. Ils sont à la naissance de la chose. »

Quant à savoir si c’est grâce à cette écriture sur mesure qu’il a convaincu Sting — qu’on ne commettra pas l’offense de présenter — de se joindre à la distribution, « sire Astier » envoie dans un éclat de rire qu’il l’a eu « en le lui demandant ! » C’était aussi simple que ça, alors ? « Si vous n’essayez pas, il ne vient pas. Moi, je lui ai demandé, il est venu. Après, je crois qu’il travaille avec un musicien français en ce moment, qui doit être assez fan du truc, qui a dû lui en dire du bien. Mais entre tout ce qu’on a pu lui dire, même si je le connais peu, Sting m’a l’air d’être un gars qui s’autorise maintenant, après l’incroyable carrière qu’il a eue, à être curieux de choses très diverses dans plein de pays, pleins de cultures. Il s’en fout maintenant, il fait ce qu’il veut ! Et je crois qu’il a laissé parler sa curiosité, là. »

Je choisis quelqu’un, je lui demande de travailler avec moi et parce qu’il me dit oui, je lui écris quelque chose, à lui. [...] C’est le comédien ou la comédienne qui va m’éclairer sur là où le film va, souvent.

Quant à « réduire la voilure sur la connerie » — dixit Clovis Cornillac dans le film —, personne ne le souhaite. Même si Alexandre Astier se garde bien de prétendre faire rire les gens. « [Faire rire] est un pouvoir. Vous ne pouvez pas prétendre avoir ce pouvoir-là. Vous pouvez prétendre essayer. “Je vais vous faire rire” : je trouve que la proposition est très dangereuse. [Le rire], ça ne se demande pas, ça ne s’offre pas. Promettre le rire, je suis très mal à l’aise avec ça. » Pourtant, ça marche plutôt bien. « Mais c’est peut-être par ce que je ne le promets pas que ça marche plutôt bien », rétorque-t-il, sourire aux lèvres.

Les moyens de ses ambitions

Ne rien promettre serait donc un filet de sécurité. Un garde-fou applicable à d’autres aspects de ce long métrage. Car les attentes du public vis-à-vis de Kaamelott en matière de comédie n’ont pas changé au fil des ans, alors que celles concernant le genre dans lequel il s’inscrit, le merveilleux héroïque, elles, n’ont plus rien à voir. Le milieu a beaucoup évolué ; le phénomène Game of Thrones a relevé à un niveau inattendu la qualité des productions du genre, ainsi que les attentes des spectateurs.

Pas de quoi effrayer pour autant le roi de Bretagne, par contre, principalement parce qu’il a changé de format. « Le cinéma est directement un truc qui propose, disons-le, des moyens. Les décors sont vraiment là ; les pays sont vraiment là. On construit des choses, on a beaucoup d’effets spéciaux. Et depuis 10 ans, la technologie des effets spéciaux a bougé tellement vite que faire un château dans son entièreté dans un plan, aujourd’hui, une série télé peut se l’offrir. Il y a 10 ans, non. Si j’avais fait une saison 7, avec des budgets de télévision pour six heures de programme, je me serais posé la question autrement. »

Le budget de 15 millions d’euros du film (soit, à une vache près, environ 22 millions de dollars canadiens) permet aussi un certain confort en la matière.

Reste à savoir si le succès de ce Kaamelott : premier volet en salle sera à la hauteur de son budget. Mais le démarrage s’annonce bien. Quant au volet suivant, Alexandre Astier ne le promet pas pour tout de suite. « J’ai toujours plusieurs projets qui sont en gestation. Je suis très à l’aise avec le fait de ne pas décider lequel va partir en premier et de laisser faire les événements. Tout ce que je sais, c’est que je ne sais pas si le deuxième volet sera la prochaine chose que je ferai, mais j’aimerais le faire et je ne prévois absolument pas d’attendre autant. »

L’avenir nous dira quand. Alea jacta est.

 

Kaamelott : premier volet sera en salles le 23 juillet 2021

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