«Chacun chez soi» et les gags seront mal gardés

Il y a bien quelque part dans cette comédie quelques répliques qui feront sourire et une poignée de situations rigolotes, mais la plupart  des gags  font plutôt lever le sourcil. Le scénario est malheureusement navrant.
Photo: TVA Films Il y a bien quelque part dans cette comédie quelques répliques qui feront sourire et une poignée de situations rigolotes, mais la plupart des gags font plutôt lever le sourcil. Le scénario est malheureusement navrant.

Les signes de la reprise de l’industrie cinématographique ne trompent pas. Les salles ne sont peut-être pas encore autorisées à ouvrir à leur capacité maximale, mais la belle saison a déjà son premier blockbuster américain, le Black Widow des studios Marvel/Disney, et maintenant sa traditionnelle comédie de mœurs à la française, Chacun chez soi. Réalisée par Michèle Laroque qui s’est également donné un des rôles principaux, cette comédie désincarnée, plombée par un scénario sans esprit, met en scène un couple arrivant à la retraite contraint d’accueillir dans le foyer familial sa fille et son copain, expulsés de leur appartement.

Catherine (Michèle Laroque) et Yann (l’acteur belge Stéphane De Groot) mènent une vie paisible dans une maison cossue, planifiant depuis longtemps ce grand voyage qu’ils s’étaient promis de faire à la retraite, Yann ayant récemment vendu son entreprise de prêt-à-porter, ce qui ne survient pas sans bouleverser son quotidien. Leur relation n’est donc pas tout à fait sereine, Catherine allant jusqu’à encourager son chéri à consulter un psy pour soigner son obsession récente pour la culture du bonsaï.

De leur côté, leur fille Anna (Alice de Lencquesaing) trime fort pour rendre à temps sa thèse à Science Po et le copain de celle-ci, Thomas (Olivier Rosemberg), perd coup sur coup son boulot d’agent de voyages — un détail qu’il cachera un certain temps à sa copine — et le logement qu’ils occupaient. Fauché et sans logis, Thomas profite d’un souper chez les parents d’Anna pour feindre son intérêt pour les bonsaïs et s’attirer ainsi les bonnes grâces de Yann, qui offre au couple d’habiter avec Catherine et lui le temps que leurs affaires prennent du mieux, une perspective qui donne d’emblée des maux de tête à Anna.

Ç’aurait pu être chouette. Ç’aurait dû être drôle. Passons par-dessus l’inévitable comparaison avec l’excellent Tanguy (2001), d’Étienne Chatilliez, pour explorer les autres ressorts qui auraient pu être déployés pour faire avancer cette histoire un tant soit peu. Les relations de couple qui connaissent leurs hauts et leurs bas, par exemple, peu importe l’âge. Le clashdes générations, sans doute le filon le plus prometteur, réduit ici à une ribambelle de clichés — lorsque Mylène (Laurence Bibot) conseille sa meilleure amie Catherine pour l’aider à se débarrasser de sa fille et de son gendre intrus, elle se lâche : « Les gosses, c’est comme des cafards : il fait chaud, il y a à boire, à bouffer, ils partent plus ! »

Il y a bien quelque part dans cette comédie quelques répliques qui feront sourire et une poignée de situations rigolotes, mais la plupart des gags font plutôt lever le sourcil — Chacun chez soi abuse de quiproquos aux ficelles si grosses qu’on les voit se nouer et se dénouer bien avant qu’arrive le punch. Le scénario, signé Julien Colombani (son premier) et retravaillé par Laroque, est malheureusement navrant, et il voit même le récit s’emballer durant le dernier quart du film en une précipitation d’incidents incongrus menant à la bienveillante finale.

Alice de Lencquesaing et Olivier Rosemberg sont les deux acteurs qui tirent le mieux leur épingle du jeu, formant un couple convaincant. En revanche, De Groot, dans son rôle de soupape comique, paraît constamment à côté de ses pompes. La présence démesurée de Michèle Laroque à l’écran, en nuisette devant son miroir, au tennis avec Mylène, chantant atrocement Gaétan Roussel pendant une fête karaoké à la fin du film, ne compense pas l’absence de charme de ce film, son second à titre de réalisatrice après Brillantissime (2018) qui, au dire de la critique française, était tout sauf ça. Souhaitons-lui meilleure chance pour sa prochaine comédie, Alors on danse (avec Thierry Lhermitte, Jeanne Balibar et Patrick Timsit), dont la sortie est prévue en 2022.

Chacun chez soi

★★

Comédie de moeurs de Michèle Laroque. Avec Michèle Laroque, Stéphane De Groot, Alice de Lencquesaing et Olivier Rosemberg. France, 2021, 84 minutes. En salle.



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