«The Loneliest Whale, The Search for 52»: la baleine invisible

Dans le sillage de William Watkins et Mary Ann Daher, qui ont suivi les traces de la mystérieuse baleine pendant 12 ans, Joshua Zeman organise une expédition pour la localiser et, éventuellement, la voir, avec un groupe de scientifiques, au large des côtes de la Californie.
Photo: Bleecker Street Dans le sillage de William Watkins et Mary Ann Daher, qui ont suivi les traces de la mystérieuse baleine pendant 12 ans, Joshua Zeman organise une expédition pour la localiser et, éventuellement, la voir, avec un groupe de scientifiques, au large des côtes de la Californie.

Ils ont entendu une plainte étrange venant du fond de l’océan, et ils cherchent depuis ce temps à l’identifier. Joshua Zeman, le réalisateur du film The Loneliest Whale : The Search for 52, cherche une baleine, mais c’est une baleine d’une espèce que l’on n’a jamais vue et dont le chant est encore inconnu des chercheurs.

Son chant a une fréquence de 52 hertz, d’où le petit nom, 52, qu’on a donné à l’animal. Personne ne l’a encore aperçu, mais son chant a été enregistré en 1989, puis en 1992, par des appareils mis au point par l’armée américaine, pendant la guerre froide, pour détecter la présence de sous-marins ennemis au fond de l’océan. Le fait que son chant soit unique en son genre, donc incompréhensible pour les autres espèces de baleines, comme les baleines bleues, les rorquals communs ou les baleines à bosse, lui a valu le surnom de « baleine solitaire ». La médiatisation de sa présence, entre autres dans le New York Times, a d’ailleurs suscité un élan de sympathie à travers le monde, notamment sur les réseaux sociaux. 

Dans le sillage de William Watkins et Mary Ann Daher, qui ont suivi les traces de la mystérieuse baleine pendant 12 ans, Joshua Zeman organise une expédition pour la localiser et, éventuellement, la voir, avec un groupe de scientifiques, au large des côtes de la Californie. En cours de route, on y apprend un certain nombre de choses sur le comportement des baleines, dont le fait que leur chant a généralement une fréquence entre 12 et 25 hertz, qu’elles se déplacent en troupeaux, qu’elles ont un fort instinct maternel et qu’elles ont une espérance de vie de 60 à 70 ans.

Mais les chercheurs rencontrés dans le film nous introduisent aussi à une autre réalité, soit le fait que le son voyage extrêmement loin dans l’eau, au point qu’on pourrait techniquement entendre le chant d’une baleine d’un bout à l’autre de l’océan. Et que, bien qu’on l’utilise abondamment pour le transport de marchandises, l’océan demeure un lieu largement inexploré.

Le concert des baleines est cependant bien sûr interrompu par le vacarme assourdissant des bateaux qui sillonnent le monde en transportant les kilotonnes de marchandises englouties par la société de consommation. Les chercheurs à bord du bateau sur lequel est tourné le film nous en font vivre l’expérience en direct.

Le documentaire revient aussi sur les années de chasse intensive des baleines, notamment pour leur huile, qui en ont fait aujourd’hui des espèces menacées. Et c’est entre autres le chant des baleines, popularisé dans les années 1970, notamment par le National Geographic, qui a contribué à mobiliser l’opinion publique pour réclamer leur protection.

Car pour relever le défi de s’approcher de ces animaux gigantesques au fond de l’océan, il faut franchement en tomber amoureux, nous dit le film. Et quoi de mieux que ce chant lointain, presque irréel, qui a peut-être été associé aux chants des sirènes dans l’Antiquité, pour se laisser charmer ? Laissons au spectateur le soin de découvrir si Joshua Zeman arrivera au bout de ses peines dans sa quête de 52. Mais son film nous emmène dans tous les cas aux portes d’un univers encore à découvrir. 

The Loneliest Whale: The Search for 52

★★★

Documentaire de Joshua Zeman. États-Unis, 2021, 96 minutes. En salle et en VSD.



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