Un père face à l’anxiété

Dans cet univers banlieusard et bourgeois, où le bien paraître demeure un enjeu clé, Louis Morissette joue parfaitement ce «modèle».
Photo: Les Films Opale Dans cet univers banlieusard et bourgeois, où le bien paraître demeure un enjeu clé, Louis Morissette joue parfaitement ce «modèle».

Après la dérive du couple, la maladresse parentale : la même équipe derrière Le mirage (2015) reprend du service pour une nouvelle chronique contemporaine avec Le guide de la famille parfaite. Ce n’est pas une suite que les Ricardo Trogi (réalisation), Louis Morissette (rôle principal, production, scénario) et François Avard (scénario) proposent. On est cependant dans le même bain : un drame familial narré sous de faux airs de comédie — les gags se raréfient au fur et à mesure que les minutes s’écoulent.

Chez les Dubois, le papa (Morissette) carbure à la performance, surtout à celle de son adolescente (Émilie Bierre). Il méprise ou ignore les plus faibles, de son propre fils de cinq ans à son employé « moyen » (le trogien et propice au rire Jean-Carl Boucher). Et refuse les contre-modèles que lui offrent, par exemple, sa conjointe (Catherine Chabot) et son ex (Isabelle Guérard).

Avec un tel titre et par le genre comique attendu, en raison notamment de la bande-annonce, on supposait que ce « guide » n’en serait un que par pure ironie. Or, la plupart du temps, le film prend des airs de leçon de vie. Le ton moralisateur imprègne de nombreuses scènes et ne s’estompe guère avec la fin heureuse qu’on nous sert.

Par comparaison, Le mirage s’avérait plus incisif, avec son personnage central qui plongeait dans un abîme si profond qu’il ne pouvait s’en extirper. Pas question ici de redorer ce film décrié par certains critiques comme misogyne ; il faut cependant lui reconnaître d’avoir réussi là où Le guide de la famille parfaite échoue.

Dans cette nouvelle chronique sociale, il est aussi moins difficile de sentir la signature du cinéaste. En dehors de la présence de l’acteur Boucher et de quelques ralentis choisis pour élever maladroitement le niveau de sentimentalisme, on aura tendance à considérer ce film comme celui de Morissette davantage que comme celui de Trogi.

L’ancien des Mecs comiques porte à ce point le récit sur ses épaules qu’on a le droit de se demander s’il ne tient pas de l’autofiction. De là peut-être ce souhait de conclure sur une note positive, qui réconcilie et pacifie.

Guide de la famille… ou du père parfait ? La trame, presque narcissique, tourne autour de papa Dubois. Ce sont ses maladresses qui tissent la toile, sa relation avec sa fille qui vire au vinaigre, ses réflexions qui donnent la cadence. Un choix judicieux du réalisateur aura été de filmer en gros plan la tête de Morissette, plans muets qui mènent vers un changement d’attitude.

Les personnages secondaires sont essentiellement ça, secondaires. Ils sont là par opposition au personnage central, de la caricature de la maman poule à (l’autre) mère absente, mais compréhensive, en passant par le grand-père débonnaire et vieux jeu (Gilles Renaud). S’il s’était agi d’un véritable portrait de groupe à l’instar, disons, d’Un air de famille (1996), la désopilante comédie dramatique de Cédric Klapisch, ces autres figures auraient sans doute gagné en relief et en intérêt. Du lot ressort néanmoins la jeune Rose, tenue par une encore juste Émilie Bierre, dont le désarroi et l’état perturbé surprennent tant ils sont refoulés.

Quelque part entre la critique et le pamphlet, Le guide de la famille parfaite ne dévie pas de sa ligne directrice : un meilleur homme est celui qui arrivera à mieux communiquer avec ses enfants. Au diable les autres, suppose-t-on.

Dans cet univers banlieusard et bourgeois, où le bien paraître demeure un enjeu clé, Louis Morissette joue parfaitement ce « modèle ». Que son cynisme fasse au bout place à l’écoute, qu’il remplace ses ordres par des questions, on veut bien y croire. Le naturel de son jeu, la cohérence de la montée dramatique, malgré les faiblesses du scénario, rendent le tout facile à suivre, suscitent tension et appréhension.

Loin d’être un ratage, le film a la pertinence de faire réfléchir sur la société de performance et sur les conséquences néfastes qu’elle a sur la santé des jeunes. Il effleure l’anxiété, mais comment les auteurs auraient-ils pu proposer davantage lorsqu’on prétend faire une comédie ? La détresse psychologique chez les enfants n’est pas un sujet à faire rire, et c’est peut-être là la faiblesse du film : avoir voulu jouer sur deux plans.

 

Le guide de la famille parfaite

★★★

Comédie dramatique de Ricardo Trogi. Avec Louis Morissette, Émilie Bierre, Catherine Chabot, Xavier Lebel, Isabelle Guérard, Gilles Renaud, Alexandre Goyette, Jean-Carl Boucher.

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