«Les Z-Héros»: la revanche des solidaires

La transformation des «giles» en âmes rusées, des victimes en sympathiques escrocs, est au cœur d’une odyssée rassemblant une dizaine d’hommes et de femmes autour du propriétaire d’une station-service (Ricardo Darín, devant sur la photo).
Photo: AZ Films La transformation des «giles» en âmes rusées, des victimes en sympathiques escrocs, est au cœur d’une odyssée rassemblant une dizaine d’hommes et de femmes autour du propriétaire d’une station-service (Ricardo Darín, devant sur la photo).

Le nœud de cette fiction venue d’Argentine est simple : un groupe de villageois cherche à récupérer une importante somme d’argent que lui ont frauduleusement volée un avocat et un banquier. Dans les faits, la chose est plus complexe puisque ces pauvres gens s’attaquent à un système qui a mis à terre toute une nation.

Réalisé par Sebastián Borensztein et porté par la mégavedette argentine Ricardo Darín (Le fils de la mariée), Les Z-Héros revient sur la crise financière qui a secoué le pays d’Amérique du Sud en 2001. Baptisée corralito, terme désignant les parcs pour bébés, elle a pris forme lorsque les retraits bancaires ont été limités à 250 pesos par semaine.

Adaptation du roman La noche de la usina (Eduardo Sacheri, 2016), le film ne détaille pas les conséquences sociales du corralito. Mais il lui fait suffisamment écho, notamment par l’insertion d’archives, pour parler d’un combat inégal entre le peuple et l’ogre que représente le pouvoir. Plutôt drôle, le drame tire dans la satire sociale, à la manière de Ma petite entreprise (Pierre Jolivet, 1999) et d’un cinéma de gauche se faisant justice lui-même.

Ce n’est pas surprenant si le long métrage a eu du succès en Argentine lors de sa sortie en 2019. Par l’esprit revanchard du scénario, il fait figure d’exutoire collectif. Le ton de comédie noire, la tête de Darín (et celles d’autres vedettes, dont son fils Chino Darín), le récit digne d’un polar et le langage populaire bien senti ont aidé.

La mayonnaise pourrait ne pas prendre à l’autre bout du continent, tant les références culturelles et sociopolitiques voyagent mal. L’écart se mesure dès le titre : Les Z-Héros ou l’anglais Heroic Losers ont peu de l’intitulé original, La Odisea de los Giles. Un gilgiles au pluriel — désigne couramment ce que les Québécois appellent, pour rester polis, un « pas vite », ce qu’on, dans la version sous-titrée, nomme « couillon ».

La transformation des giles en âmes rusées, des victimes en sympathiques escrocs, est au cœur d’une odyssée rassemblant une dizaine d’hommes et de femmes autour du propriétaire d’une station-service (Ricardo Darín, juste en colérique retenu). Leur rêve d’une coopérative agricole s’évapore lorsque les dollars qu’ils ont amassés deviennent, sous les mauvais conseils d’un banquier, des pesos qui, eux, disparaissent lors du corralito.

Un an après un accident de la route et cinq présidents, le groupe baragouine un scénario pour affronter un système personnifié par un avocat sans scrupules. Celui-ci — Andrés Parra, un habitué des rôles de Latino-Américains mal-aimés (Hugo Chávez, Pablo Escobar) — est suspecté de cacher les billets verts jadis déposés à la banque.

C’est dans le cinéma (How to Steal a Million, 1966, de William Wyler) que le leader du groupe, collectionneur de VHS, puise la stratégie à adopter. Armés d’idées un brin aléatoires (ça prend un orage) et d’un tracteur « vieux comme le péronisme » (mouvement de justice sociale né sous Juan Perón), les malfaiteurs en herbe sont plutôt attachants. Malgré les tics propres au genre et les improbabilités du scénario, l’odyssée s’avère un voyage sincère, à la défense du bien commun. Sans slogan communiste, à peine un discret appel à l’anarchie, le film tient un discours rassembleur.

Les Z-Héros

★★★

Comédie de Sebastián Borensztein. Avec Ricardo Darín, Luis Brandoni, Chino Darín, Verónica Llinás, Andrés Parra. Argentine–Espagne, 2019, 117 minutes. En salle.



À voir en vidéo