«Zola»: Alice au pays des «maquereaux»

Certaines faiblesses du film sont amplement rachetées par les actrices Riley Keough et Taylour Paige. Elles livrent toutes deux une interprétation phénoménale qui justifie à elle seule le visionnement.
Photo: VVS Films Certaines faiblesses du film sont amplement rachetées par les actrices Riley Keough et Taylour Paige. Elles livrent toutes deux une interprétation phénoménale qui justifie à elle seule le visionnement.

Au mois d’octobre 2015, les publications sur Twitter d’une certaine Zola, alias Aziah King, devinrent virales. Rien de surprenant, puisque ce compte rendu de voyage décliné en 148 tweets était digne d’une fiction scabreuse, avec sexe, drogue et meurtre à la clé. Réalisé et coécrit par Janicza Bravo, Zola (V.O.) revient sur les événements avec un aplomb, une crudité et un humour, certaine d’en offenser plusieurs. Ce n’est pas la moindre de ses qualités.

Nouvellement amie avec Stefani (un prénom fictif), une danseuse nue, Zola, une serveuse, accepte de l’accompagner dans un road trip avec promesse d’argent facile en se produisant dans une série de bars en Floride. Évidemment, rien ne se déroule comme prévu et, rapidement, Zola comprend que Stefani n’est pas là que pour danser, elle se prostitue également. De détours en déconvenues, la pression s’accroît sur la néophyte afin qu’elle en fasse autant.

Réalisatrice et coscénariste de la comédie noire Lemon, sur un acteur raté doublé d’un être humain minable, Janicza Bravo disposait d’emblée de deux spécimens mâles détestables dans ce film-ci. En effet, se joignent au périple de Zola et Stefani Derek, son amoureux, et X, son proxénète. En contraste avec la mollesse complice de Derek, X est tout de violence latente.

À cet égard, si le film ne juge pas le travail du sexe, il n’en fait pas davantage l’apologie, loin de là. Les dangers courus et les sévices subis sont montrés sans faux-fuyant, quoique de judicieuses ellipses surviennent çà et là. Le film a beau être débordant d’humour et de vivacité, c’est tout sauf Pretty Woman (Une jolie femme), c’est tout sauf un conte de fées. Il faut voir l’horreur croissante se faire jour sur le visage de Zola…

Interprétation phénoménale

Énergique et pleine d’inventivité, la mise en scène de Janicza Bravo fait écho à la résilience de l’héroïne. Sans chercher à faire de l’effet, la direction photo d’Ari Wegner (Lady Macbeth, In Fabric) parvient à rendre avec justesse le « crade » comme le clinquant, utilisant avec ingéniosité les miroirs et les lumières colorées des bars. Par moments, on se croirait dans un croisement entre la série The Girlfriend Experience et le cinéma de John Waters, première période.

À noter par ailleurs la présence au générique de la productrice Christine Vachon, figure incontournable du cinéma indépendant américain (Boys Don’t Cry [Les garçons ne pleurent pas], Far from Heaven [Loin du paradis], Carol, First Reformed [Dialogue avec Dieu], etc.) : toujours un gage de qualité.

Cela dit, on regrette un peu la nature hachurée du scénario, dont les ruptures ne fonctionnent pas toutes, aussi préméditées soient-elles. Le film étant basé sur les écrits d’Aziah « Zola » King, qui narre par intermittence, on n’a en outre que sa seule perspective. Ça se défend très bien, mais le corollaire de cette décision est que Stefani demeure une énigme.

Ces faiblesses sont par contre amplement rachetées par Taylour Paige (Ma Rainey’s Black Bottom [Le blues de Ma Rainey]) et Riley Keough (Logan Lucky [Le destin des Logan], The Lodge [Peur glaciale]). Elles livrent toutes deux une interprétation phénoménale qui justifie à elle seule le visionnement.

 

Zola (V.O.)

★★★ 1/2

Comédie dramatique réalisée et scénarisée par Janicza Bravo. Avec Taylour Paige, Riley Keough, Nicholas Braun, Ari’el Stachel, Colman Domingo. États-Unis, 2021, 87 minutes. En salle.



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