«Adieu les cons»: veuillez agréer mes sentiments les plus révoltés

Il est fascinant de constater combien  Albert Dupontel parvient  à insuffler  de l’humour  à des situations en théorie pas drôles du tout. Un humour certes acide, voire désenchanté, mais qui fait mouche néanmoins.
AZ Films.ca Il est fascinant de constater combien Albert Dupontel parvient à insuffler de l’humour à des situations en théorie pas drôles du tout. Un humour certes acide, voire désenchanté, mais qui fait mouche néanmoins.

Lors de la plus récente cérémonie des César du cinéma français, le réalisateur, scénariste et acteur Albert Dupontel a triomphé avec Adieu les cons. Lauréat de sept prix dont meilleur film, meilleure réalisation et meilleur scénario, cette tragicomédie distinctement punk marque un sommet pour son auteur, autant par rapport à son style qu’à ses préoccupations. On y suit les destins croisés d’une coiffeuse mourante et d’un informaticien suicidaire. Oui, c’est très drôle.

La coiffeuse en question se prénomme Suze (Virginie Efira). À 43 ans, elle vient d’apprendre que tous ces produits chimiques utilisés au travail ont provoqué chez elle une maladie auto-immune. Face à la perspective de sa mort prochaine, Suze décide de retracer le fils qu’elle fut forcée d’abandonner lorsqu’elle accoucha sous X à l’âge de 15 ans.

Tandis qu’un fonctionnaire de l’Administration publique lui fait perdre son précieux temps, dans le local voisin, JB (Dupontel) s’apprête à en finir. Hélas, le coup part de travers et blesse ledit fonctionnaire. Profitant du chaos, Suze agrippe un JB inconscient, prend son ordinateur, et file avec pour dessein de forcer l’informaticien à l’aider dans la recherche de son fils (en un beau clin d’œil, Virginie Efira est coiffée et habillée comme Nastassja Kinski dans Paris, Texas, où cette dernière incarne une mère élusive).

La suite se révélera tout aussi rocambolesque, avec notamment l’entrée en scène d’un archiviste devenu aveugle après avoir reçu des projectiles de caoutchouc tirés par les forces de l’ordre. Forces de l’ordre qui, il va sans dire, tentent de rattraper JB, pris à tort pour un forcené homicide.

Marginaux et éclopés

À ce propos, il est fascinant de constater combien Albert Dupontel parvient à insuffler de l’humour à des situations en théorie pas drôles du tout. Un humour certes acide, voire désenchanté, mais qui fait mouche néanmoins. L’écriture est brillante, et pas qu’en ce qui concerne la comédie : en phase avec un rythme effréné, il y a une poésie furieuse à l’œuvre dans les dialogues.

Dans le même ordre d’idées, si improbables soient-elles, les péripéties de Suze et de JB emportent l’adhésion puisque régies par une logique interne que l’auteur établit d’emblée puis respecte jusqu’au bout.

Car il est conséquent, Albert Dupontel, et ce, depuis ses débuts comme cinéaste avec Bernie (1996), sorte de reflet inversé d’Adieu les cons relatant la quête des origines d’un jeune homme abandonné dans une poubelle au temps qu’il était bébé. Là comme par la suite, entre autres dans Enfermé dehors (2006), sur un clochard qui revêt l’uniforme d’un policier suicidé, ou 9 mois ferme (2013), sur une juge misanthrope tombée enceinte d’un détenu, Dupontel aime se payer la tête des figures d’autorité — d’où le côté punk.

Marginaux, laissés-pour-compte, esseulés, aliénés et éclopés ont la faveur de l’auteur. Ceci expliquant cela, un commentaire social court souvent en filigrane de ses films. Dans Adieu les cons, c’est patent, des thèmes comme la violence policière, les problèmes de santé mentale engendrés par un marché du travail déshumanisé et déshumanisant, et les injustices liées au système de naissance sous X, étant abordés de front.

Des considérations qui se déploient au sein d’un univers décalé, là encore en parfaite continuité avec les films précédents d’Albert Dupontel.

Esthétique « dupontelienne »

Composante fondamentale de son cinéma, la forme est, depuis le commencement, très stylisée. On est dans l’alliage fréquent de trucages à la caméra et d’effets numériques.

D’allure plus bricolée au départ, cette esthétique « dupontelienne » s’est raffinée de film en film, intégrant avec une maîtrise désormais complète des influences visuelles allant de la bande dessinée à Terry Gilliam (qui fait une apparition) en passant par Sergio Leone.

C’est tour à tour outrancier et intime, pimpant et poignant : du haut contraste, et du grand art. Vraiment, c’est à voir.

Adieu les cons

★★★★ 1/2

Comédie dramatique d’Albert Dupontel. Avec Virginie Efira, Albert Dupontel, Nicolas Marié. France, 2020, 87 minutes. En salle.



À voir en vidéo