«F9»: vrom-vroum, pow-pow, amen

Une scène tirée du film «F9» de la saga «Fast & Furious»
Photo: Universal Une scène tirée du film «F9» de la saga «Fast & Furious»

Tout a commencé par des courses de rue clandestines. La formule devenant répétitive, cela s’est mué en jeux de vols et d’espionnage : un genre de Mission Impossible avec plus de poursuites de voitures, et peut-être encore moins de vraisemblance, si une telle chose est possible. Il est évidemment question ici de la saga Fast & Furious, dont le neuvième opus, F9 (Rapides et dangereux 9 : La saga), repousse davantage les limites de la crédibilité… tout en étant l’un des plus divertissants du lot.

Après des années passées à tromper la mort, Dominic Toretto (Vin Diesel) et Letty Ortiz (Michelle Rodriguez) se sont retirés à la campagne. Mais voici que leurs anciens compagnons les relancent au fond de leur rang. L’urgence ? Un mégalomane (quoi d’autre) vient de mettre en action un plan machiavélique (quoi d’autre, bis) qui lui permettra (vous l’aurez compris) de dominer le monde. L’ennui ? Le bras droit dudit mégalo n’est autre que… Jakob, le frère exilé de Dom dont on n’avait jamais entendu parler auparavant (pas grave).

Cet ajout à l’arbre généalogique des Toretto est, dans les circonstances, adéquatement géré au moyen de retours en arrière ponctuels. Le film a en revanche la fâcheuse manie de marteler un motif musical pompier chaque fois — et ces fois sont fréquentes — que reparaît un personnage issu d’une aventure précédente. À force de se faire crier « coup de théâtre ! » à pleins décibels, on finit par en rire.

Valeurs sûres

Or, regarder F9 sourire en coin est peut-être la seule façon d’apprécier le spectacle pour ce qu’il est : un gros show de boucane globe-trotter. Qui plus est, le film joue volontiers la carte de l’autodérision : ça aide. Il n’empêche, on est tout du long dans le paradoxe, avec des séquences d’actions complètement ridicules, mais époustouflantes néanmoins. Une exception : même avec toute la bonne volonté du monde, lorsqu’un bolide se retrouve dans l’espace, on décroche (quelqu’un aurait dû réécouter 007 Moonraker et en tirer des leçons).

Côté rythme, malgré une durée de près de deux heures et demie, ça vrombit et ça file la pédale au plancher, le bla-bla explicatif étant réduit au strict nécessaire.

L’efficacité générale du film tient probablement beaucoup au fait que Justin Lin, réalisateur des tomes trois, quatre, cinq et six, soit de retour derrière le volant : Lin connaît cet univers cinématographique mieux que personne. À nouveau, le film mise sur ses valeurs sûres : la famille (biologique autant que choisie), les aptitudes au combat, le maniement des armes à feu, des technologies de pointe, sans oublier Dieu.

Le réalisateur sait en outre sur quelles forces miser. À cet égard, F9 revêt souvent des allures de « best of ». On l’évoquait, diverses vedettes croisées au fil de la série viennent faire coucou : Kurt Russell, Helen Mirren, et surtout Charlize Theron, sardonique à souhait dans sa reprise du rôle de la pirate informatique Cipher.

Pour les amateurs

Qu’en est-il des premiers rôles ? Difficile, à ce stade, de juger de la qualité de l’interprétation de Vin Diesel. Voix grave, ton monocorde, air intense : telle est sa recette. Si ce minimalisme fonctionne pour Diesel, il ne réussit toutefois pas à John Cena. Doué en comédie (Trainwreck [Cas désespéré], Blockers [Bloqueurs]), l’ex-lutteur déçoit en frère maudit, n’arborant qu’une seule expression : fâchée. On se réjouit par contre que Michelle Rodriguez, très bien, occupe un espace narratif plus significatif.

Bref, les innombrables amateurs de la saga multimilliardaire apprécieront. Quant aux autres, ils savent sans doute d’ores et déjà qu’il vaut mieux pour eux passer leur chemin.

 

F9 (V.F. et V.O)

★★ 1/2

Action de Justin Lin. Avec Vin Diesel, Michelle Rodriguez, John Cena, Tyrese Gibson, Chris « Ludacris » Bridges, Nathalie Emmanuel, Charlize Theron. États-Unis, 2021, 145 minutes. En salle.



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