«Gaia»: spores extrêmes

Filmé dans le district de la Route des jardins, en Afrique du Sud, «Gaia» bénéficie de décors naturels à couper le souffle. La faiblesse du film, qui a une fâcheuse tendance à se complaire dans sa propre opacité, réside dans son scénario, qui se révèle à la fois mince et bancal.
Photo: Entract Films Filmé dans le district de la Route des jardins, en Afrique du Sud, «Gaia» bénéficie de décors naturels à couper le souffle. La faiblesse du film, qui a une fâcheuse tendance à se complaire dans sa propre opacité, réside dans son scénario, qui se révèle à la fois mince et bancal.

Gabi et Winston sont des agents de la faune en mission de collecte de données. Depuis leur embarcation, ils contrôlent un drone qui capte des images de la végétation environnante. Lorsque l’appareil s’écrase, Gabi laisse son collègue sur la rive et s’enfonce dans la forêt pour le récupérer. Elle ne tarde pas à s’en mordre les doigts. Blessée, elle est recueillie par Barend et son fils Stefan, deux survivalistes vouant un culte — littéralement — à la nature. Une nature belle, impitoyable et, comme le découvrira Gabi, vengeresse. Film d’horreur à petit budget bourré d’inventivité sur le plan formel, Gaia (V.O.) prend l’affiche après sa première au festival SxSW, en mars dernier.

Visuellement stimulant, donc, ce premier long métrage de Jaco Bouwer épate par ses effets spéciaux ingénieux : un mélange de technologies numériques et de trucages, prothèses et maquillages à l’ancienne.

D’entrée de jeu, Bouwer prouve sa capacité à forger une atmosphère angoissante et mystérieuse : chapeau à cette séquence d’ouverture où le panorama bascule, symbole d’un rapport de force entre humanité et nature qui s’inverse. Après des décennies, voire des siècles, d’abus, au tour du corps humain de se muer en territoire dévasté. Dans l’air, des spores flottent en essaims concertés. Sous le joug de cette étrange furie végétale, bras et jambes se couvrent de pousses et de mousses, la peau devient efflorescente…

Ici, les influences de Jaco Bouwer vont du Labyrinthe de Pan, de Guillermo Del Toro, à Annihilation, d’Alex Garland (en passant, qui sait, par Jordy Verrill dans Creepshow, de George A. Romero).

Et comme si ces périls au-dehors ne suffisaient pas, Gabi se rendra vite compte qu’elle n’est guère plus en sécurité dans la cabane de ses frustes bienfaiteurs. Comme on l’écrivait d’emblée, Barend et Stefan sont des survivalistes. Or, leur philosophie écologiste s’est transformée en une espèce de religion… dont les tenants et aboutissants restent passablement flous.

Faiblesses narratives

Car, pour toutes ses qualités visuelles, Gaia a une fâcheuse tendance à se complaire dans sa propre opacité. Des créatures surgissent çà et là… Une entité souterraine, mère Nature en somme, en est la cause — on songe aux réseaux mycorhiziens dans le similaire mais plus éclaté (et plus maîtrisé) In the Earth, de Ben Wheatley. Gaia, pour sa part, se satisfait de rester vague, quitte à suggérer une chose puis son contraire.

De fait, la faiblesse du film réside dans son scénario, qui se révèle à la fois mince et bancal. Hormis les composantes ésotériques et surnaturelles esquissées trop sommairement, la pseudo idylle entre Gabi et Stefan fait lever les yeux au ciel.

Cela dit, il convient d’insister sur le fait que ce qu’accomplit Jaco Bouwer en matière de facture et de mise en scène est vraiment impressionnant. Qui plus est en sachant qu’il travaillait avec très peu de moyens. À cet égard, Gaia devrait garantir au jeune cinéaste davantage de fonds pour son second film.

Filmé dans le district de la Route des jardins, en Afrique du Sud, Gaia bénéficie en outre de décors naturels à couper le souffle. D’ailleurs, la direction photo de Jorrie van der Walt est l’un des principaux atouts du film. Autre plus : la musique à pulsations de Pierre-Henri Wicomb, en parfaite symbiose avec la conception sonore de Tim Pringle, qui donne vie à l’environnement au moyen d’un enchevêtrement de craquements, chuintements et bruissements. Enfin, les interprètes sont tous convaincants.

Pour les amateurs d’horreur prêts à pardonner les faiblesses narratives pour mieux se concentrer sur le brio de l’exécution, Gaia vaut indéniablement le coup d’œil.

 

Gaia (V.O.)

★★★

Drame d’horreur de Jaco Bouwer. Avec Monique Rockman, Carel Nel, Alex van Dyk, Anthony Oseyemi. Afrique du Sud, 2021, 97 minutes. Au cinéma du Parc dès le 18 juin et en VSD le 25 juin sur iTunes (avec s.-t.f.), Amazon Prime Video (avec s.-t.f.), Cineplex, GooglePlay, Microsoft, Rogers, Sony, Bell, Shaw, Telus, Vubiquity.



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