«Fatherhood»: veuvage et paternité simultanés

Kevin Hart, émouvant dans le rôle de Matthew
Photo: Philippe Bosse Netflix Kevin Hart, émouvant dans le rôle de Matthew

En l’espace de 48 heures, Matthew vit successivement le plus grand bonheur et la pire tragédie de sa vie. En effet, peu après avoir donné naissance à leur premier enfant, la petite Maddy, Liz succombe à une embolie pulmonaire. Tout le monde prédit que Matthew n’arrivera pas à s’occuper seul de sa fille, à commencer par sa belle-mère, Marian. Et pourtant… Tiré du livre à succès de Matthew Logelin inspiré par son deuil et sa monoparentalité soudaine, Fatherhood(Un papa hors pair) n’a d’autre ambition que d’être attendrissant, drôle et réconfortant.

Des prétentions modestes, mais sincères, que le film atteint pour la plupart. Il faut d’emblée préciser que le film a pour lui un Kevin Hart complètement investi. Hart qui est ici également producteur, avec un certain couple d’Obama.

À l’évidence, ce projet se voulait pour la star une occasion de prouver son talent ailleurs que dans les registres de la farce et de l’action, où il excelle par ailleurs (Jumanji et sa suite, Central Intelligence [Agence de renseignement]). Dans Fatherhood, Hart se voit imparti des moments de drôlerie, mais il a surtout l’occasion d’émouvoir. Ce qu’il parvient à faire avec une belle retenue.

La vedette est entourée d’une solide distribution, quoique les scènes avec ses deux meilleurs amis (Lil Rel Howery, Anthony Carrigan) manquent de naturel au départ ; les choses se placent au bout d’un moment. La toute jeune Melody Hurd, qui incarne Maddy à l’âge de cinq ou six ans, est en revanche craquante comme tout dès son entrée en scène. Plus important, Hart et elle partagent une réelle chimie.

Dans le rôle de Marian, la belle-mère de Matthew, Alfre Woodard (Passion Fish, Clemency [Une ultime grâce]) s’avère merveilleuse comme à son habitude. Le conflit permanent entre elle et son gendre est habilement géré par la scénariste Dana Stevens (City of Angels [La cité des anges], For Love of the Game [Au-delà du jeu et de l’amour]), qui résiste autant aux excès d’acrimonie que de mélo. Contrairement au cliché établi, Marian ne devient jamais la « méchante belle-mère », justement. C’est plus compliqué, et Alfre Woodard extrait chaque nuance de chaque situation.

Un rire, une larme

À ce propos, le film est émaillé de touches intéressantes, comme le fait que Maddy refuse de porter la jupe obligatoire à son école primaire, préférant des pantalons. Une voie dans laquelle son père l’encourage sans l’y avoir poussée, y compris lorsque Maddy choisit des sous-vêtements masculins au magasin. À l’instar de Matthew, le film n’en fait pas de cas : c’est là et c’est tout. Bref, si l’histoire comme telle n’est pas neuve, ses accents sont d’une actualité appréciable.

Au sujet de Paul Weitz, les films traitant de rapports parentaux et de liens filiaux divers abondent dans sa très inégale filmographie : In Good Company (En bonne compagnie), Little Fockers (La petite famille), Being Flynn, Grandma… Son film le plus réussi demeure About a Boy (Comme un garçon), qui tourne autour d’une figure paternelle de substitution, tiens. Weitz, qui a participé à l’écriture, est donc à son aise avec ce type de matériel.

Cela étant, sa réalisation est pépère, beaucoup trop : un film à petit budget comme Grandma et un autre de studio doté de moyens commeAbout a Boy dénotaient davantage d’inventivité. Il y a une part importante de mélancolie dans le personnage de Matthew, certes, mais il reste un être énergique, et la relation entre Maddy et lui est dynamique : c’est en tout cas comme ça que la jouent Kevin Hart et Melody Hurd. Comme si elle avait été conçue en vase clos, la mise en scène y va, à l’inverse, de son ronron tranquille tout du long.

Il n’empêche, dans l’ensemble, Fatherhood remplit assez bien son mandat « un rire, une larme ».

 

Un papa hors pair (V.F. de Fatherhood)

★★★

Comédie dramatique de Paul Weitz. Avec Kevin Hart, Melody Hurd, Alfre Woodard, DeWanda Wise, Lil Rel Howery. États-Unis, 2021, 109 minutes. Sur Netflix.



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