«Le mariage de Rosa»: la femme qui s’appartiendra

Les faiblesses et facilités du film en irriteront certains, sans décourager ceux qui cherchent un délassement doublé d’une œuvre à portée sociale.
Natxo Martínez Les faiblesses et facilités du film en irriteront certains, sans décourager ceux qui cherchent un délassement doublé d’une œuvre à portée sociale.

Choix de l’Espagne — non retenu — aux nominations à l’Oscar du meilleur film international, cette comédie féministe repose sur une proposition inspirante : une quadragénaire, exploitée par son entourage à Valence, secoue ses chaînes en décidant de s’épouser elle-même au village. Sa mère décédée y tenait un atelier de couture, qu’elle veut reprendre pour s’affirmer.

Dans ce scénario libertaire, joyeux, rebondissant en ricochets de surface, l’héroïne Rosa (Candela Peña)dépanne sa patronne, sa meilleure amie, son père veuf envahissant (Ramón Barea), sa fille, mère dejumeaux à Manchester, son frère égoïste et macho (Sergi López), sa sœur qui lui refile les corvées familiales (Nathalie Poza). Et puis un jour, trop c’est trop ! La voici repartie au village, après démission au travail, invitant ses proches à son mystérieux mariage. Tous ces mal lotis au foyer sans leur bonne à tout faire s’arrachent les cheveux.

Nourri de répliques souvent juteuses, de personnages masculins peu fouillés (le père, le frère, le copain) et de maints raccourcis psychologiques, le film constitue à la fois un feel good movie avec les limites du genre et un cri d’affranchissement fort à propos ; tant plusieurs femmes s’oublient elles-mêmes pour aider les autres sous toutes des latitudes. Après un démarrage échevelé, le film trouve sa vitesse de croisière à travers une réalisation assez quelconque et une morale appuyée. Ce qui n’empêche pas Le mariage de Rosa de demeurer sympathique par son propos et son allant, comme par sa mise en lumière d’êtres dysfonctionnels qui s’ignorent.

Le registre dramatique de Candela Peña apparaît bien mince toutefois, trop pour offrir une puissante locomotive à cette comédie. Les subtilités d’interprétation se retrouvent plutôt du côté de Nathalie Poza, dans sa prestation de sœur ivrogne et de femme qui dérive sans y égarer sa raison. Sergi López, dans un rôle découpé à la hache du monsieur qui n’entend personne et gaffe sans relâche, peine à composer un personnage vraiment crédible, et on l’a connu plus transcendant. La jeune Paula Usero joue faux sa partition de fille de Rosa dépassée par sa vie d’adulte.

La seconde partie du film campée au village est l’occasion de développer des décors colorés et élégants (celui de l’atelier de couture maternel est très réussi) ainsi qu’une galerie de portraits croustillants, dont les membres de la branche familiale de Pampelune aigris et collet monté.

Les faiblesses et facilités du Mariage de Rosa en irriteront certains, sans décourager ceux qui cherchent un délassement doublé d’une œuvre à portée sociale. Les situations loufoques déclenchent des rires, et le film fait réfléchir, même si l’ensemble ne possède pas la profondeur de champ qui aurait permis à cette comédie de s’élever au-dessus du genre puis de s’envoler.

 

Le mariage de Rosa

★★★

Comédie romantique d’Iciar Bollain. Avec Candela Peña, Sergi López, Nathalie Poza, Ramón Barea, Paula Usera. Image : Sergi Gallardo et Beatriz Sastre. Espagne, 2020, 97 minutes. En salle.



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