«Luca»: la «dolce vita», façon Pixar

Une scène de «Luca», un film d’animation tendre et lumineux
Photo: Pixar Une scène de «Luca», un film d’animation tendre et lumineux

Le dernier-né de l’écurie Pixar de Disney nous plonge dans la majesté d’une Riviera italienne gorgée de soleil et d’eau claire. Avec un ravissement béat — nourri, il est vrai, par des mois de confinement —, on s’émerveille des charmes surannés de cette ville aux tons d’ocres et de roses que l’on apprivoise à travers le regard ébahi de Luca, le jeune héros qui donne son titre à ce film d’animation tendre et lumineux. Hors du temps et du monde, Luca ne dépare pas la lignée dont il est issu, mais il ne l’élève pas non plus, se contentant de rouler des mécaniques. Sur une Vespa, évidemment.

Accrochée entre ciel et mer, la ville de Portorosso cultive avec la Méditerranée nourricière une relation d’amour-crainte, la légende voulant que des monstres marins hantent la baie. Sous les flots turquoise se cache en effet un peuple de créatures marines aux allures de dragons d’eau. Loin d’être monstrueux toutefois, Luca et ses semblables cultivent un rapport tranquille et pacifique à la nature qui les entoure.

Leur douceur transparaît jusque dans leurs écailles brillantes, leurs nageoires soyeuses et leurs yeux ronds expressifs. Pour les dessiner, les artistes ont emprunté des traits à des créatures glanées sur des cartes datant de la Renaissance, mais aussi à des illustrations scientifiques (le « troupeau-banc » de surmulets que garde Luca est adorable) et aux lignes souples des dragons japonais. Ils sont proprement magnifiques.

Les deux mondes en seraient sans doute restés ainsi à jamais si Luca, 13 ans, n’avait pas commencé à trouver son univers trop étroit pour son imagination et qu’il entreprenne, un peu malgré lui, d’en conquérir la surface. Il sera initié à la terre ferme par Alberto, un jeune dragon d’eau comme lui, expansif et grégaire, qui se partage entre les deux mondes.

C’est par ce nouvel ami que Luca apprendra avec stupeur que leur race a la faculté de se transformer en humain au contact de l’air. Et, surtout, qu’il n’y a rien de plus désirable au monde que d’avaler des kilomètres bien calé sur une mobylette Vespa.

Lettre d’amour à ces étés de farniente et d’apprivoisement de l’indépendance, alors que l’adolescence chasse doucement l’enfance, Luca propose un adorable récit d’apprentissage (certains ont vu des rapprochements avec le sublime Call Me by Your Name, mais c’est franchement forcé). Car c’est surtout aussi une ode gentille vraiment trop gentille à la différence.

Le duo que forment Luca et Alberto est pourtant des plus attachants. Il est de surcroît galvanisé par la flamboyante Giulia, jeune humaine aventureuse dont l’appétit pour la vie, et ce qu’elle contient, semble incommensurable. Face à eux, flanqué de ses tristes acolytes-serviteurs, le grand Ercole, qui écrase les autres pour mieux s’élever, joue hélas une partition usée.

C’est là que le bât blesse. La maestria formelle évidente du réalisateur Enrico Casarosa (qui a signé le magique court La Luna avec lequel Luca affiche des parentés évidentes) est mal servie par l’intrigue, somme toute banale et sans aspérités. Il lui manque ce supplément d’âme qui rend si émouvants les fleurons de Pixar comme Inside Out (Sens dessus dessous) ou Up (Là-haut), avec leurs riches niveaux de lecture et d’adversité.

Cela ne fait pas moins de Luca un très bel objet, bien doux à déballer en famille. Tout concourt pour nous garder dans les filets de cette allégorie des amitiés transformatrices : des plats de pâtes opulents aux gelati multicolores qu’on s’enfile en série, de l’amitié inusable — et inclusive — jusqu’aux violons ronds et fiévreux de la musique de Dan Romer.

En ces temps polarisés, s’en tenir à pareille candeur tient peut-être simplement du prodige.

 

Luca

★★★

Animation des studios Pixar réalisée par Enrico Casarosa. Avec les voix de Jacob Tremblay, Jack Dylan Grazer, Emma Berman, Saverio Raimondo et Maya Rudolph. États-Unis, 2021, 95 minutes. Exclusivement sur Disney+, dès le 18 juin.

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