«Pinocchio»: merveilleusement authentique

Filmé dans de magnifiques paysages toscans, théâtre de l’action originelle, «Pinocchio» débute dans un village où réside Geppetto (Roberto Benigni, drôle et touchant), un menuisier sans le sou.
Photo: TVA Films Filmé dans de magnifiques paysages toscans, théâtre de l’action originelle, «Pinocchio» débute dans un village où réside Geppetto (Roberto Benigni, drôle et touchant), un menuisier sans le sou.

C’est une étrange histoire, pleine d’imagination débridée et de périls singuliers. Il y est question de fugues avec des forains, d’enfants changés en ânes, de tentatives d’assassinat à la nuit venue, d’arbres à pièces d’or, de séjours dans un poisson géant… Funeste récit ? Pas le moins du monde, ou enfin si, un peu, mais juste ce qu’il faut pour apprécier la magie ambiante. Car cette histoire-là, celle d’un turbulent pantin de bois qui rêve de devenir un vrai petit gars, est d’abord et avant tout un conte de fées. En revenant au roman de Carlo Collodi, dont il respecte déroulement et esprit, Matteo Garrone fait avec son Pinocchio œuvre mémorable.

Filmé dans de magnifiques paysages toscans, théâtre de l’action originelle, Pinocchio débute dans un village où réside Geppetto (Roberto Benigni, drôle et touchant), un menuisier sans le sou. Or, c’est davantage la solitude que l’indigence qui mine le vieil homme. Lorsqu’il aperçoit les marionnettes d’un théâtre ambulant, Geppetto décide de se fabriquer un pantin à lui, question de tromper son ennui.

Mais voici qu’un battement de cœur retentit au creux du morceau de bois qu’il s’affaire à tailler. Et n’est-ce pas un sourire qui se dessine soudain sur le visage qu’il vient de sculpter ?

Naissance de Pinocchio (Federico Ielapi, complètement craquant sous un maquillage élaboré), que Geppetto accueille comme un fils. Hélas, Pinocchio se montre d’emblée désobéissant, voire ingrat.

Après s’être sauvé en croyant trouver mieux ailleurs, Pinocchio vivra maintes tribulations, tantôt drôles, tantôt sinistres, souvent enchantées, et qui lui feront regretter ce qu’il a laissé derrière. Sur sa route, il croisera une foule de personnages hauts en couleur, dont la gentille Fée Bleue, capable d’exaucer son vœu le plus cher… pour peu que Pinocchio apprenne à se montrer digne d’un tel cadeau.

Plus extraordinaire encore

Au fil des décennies, le roman de Carlo Collodi Les aventures de Pinocchioa fait l’objet d’une kyrielle d’adaptations, celles-ci trop nombreuses pour être dénombrées. La plus célèbre demeure celle de Disney. À tel point que, pour bien des générations d’enfants devenus grands, l’histoire de Pinocchio se résume à la vision édulcorée qu’offre ce classique animé. Pourtant, rien n’est plus faux.

L’adaptation de Garrone colle de beaucoup plus près à la trame et au ton imaginés par Collodi. Hormis qu’elle respecte, exception faite de légères modifications, la plupart des péripéties du conte, cette version-ci oscille entre réalisme social et merveilleux. Loin de jurer l’un avec l’autre, ces deux pôles se mettent mutuellement en valeur : face aux conditions de vie rudes esquissées en toile de fond, dont l’extrême pauvreté de Geppetto, les éléments fantastiques montrés à l’avant-plan paraissent plus extraordinaires encore.

La décision de miser davantage, quoique pas exclusivement, sur des trucages à la caméra plutôt que numériques participe de ce souci de conférer un surcroît d’authenticité au conte de fées. À ce chapitre, sans doute l’aisance avec laquelle Matteo Garrone maintient cet équilibre en théorie improbable tient-elle au fait qu’il maîtrisait déjà l’une et l’autre dimensions. En témoignent ses précédents films Gomorra, chronique mafieuse au cachet quasi documentaire, et Le conte des contes, fantaisie chorale tirée du Pentamerone, de Giambattista Basile. Ainsi Pinocchio constitue-t-il une fusion de ces deux sensibilités.

S’il est un bémol, c’est le rythme de l’ensemble, qui devient parfois languissant. Les transitions entre les « épisodes » ne sont pas en cause, c’est simplement qu’il arrive au cinéaste de s’attarder inutilement : les jeunes spectateurs risquent de s’impatienter. En revanche, ces derniers en auront toujours plein la vue. De fait, s’il n’en tenait qu’à la seule facture du film, Pinocchio obtiendrait un score parfait.

 

Pinocchio (V.F.)

★★★★

Conte de Matteo Garrone. Avec Federico Ielapi, Roberto Benigni, Rocco Papaleo, Massimo Ceccherini, Marine Vacth, Gigi Proietti. Italie–France–Grande-Bretagne, 2019, 125 minutes. En salle.



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