«In the Heights»: célébrer un quartier, une communauté

La force brute du matériel dramatique et musical prévaut. Cela, et une distribution en béton. Les jeunes interprètes, en particulier Anthony Ramos (Usnavi), ici avec Melissa Barrera dans le rôle de Vanessa, sont tous très en voix et plein de charisme.
Photo: Macall Polay (Warner Bros.) La force brute du matériel dramatique et musical prévaut. Cela, et une distribution en béton. Les jeunes interprètes, en particulier Anthony Ramos (Usnavi), ici avec Melissa Barrera dans le rôle de Vanessa, sont tous très en voix et plein de charisme.

En 2016, le compositeur, dramaturge, chanteur et acteur Lin-Manuel Miranda se voit décerner le prix Pulitzer pour Hamilton, un retour en hip-hop et en diversité sur l’histoire du père fondateur Alexander Hamilton. Si Hamilton demeure le titre le plus connu de l’œuvre de Miranda, il ne s’agit pas de son premier triomphe. En effet, auparavant vint In the Heights, chronique musicale du quartier new-yorkais Washington Heights, reconnu pour la densité de sa population latino-américaine. Véritable lettre d’amour à celle-ci, In the Heights remporta maints prix, dont le Tony du meilleur musical en 2008. C’est dire que l’adaptation cinématographique était très attendue par plusieurs.

Se déroulant en pleine canicule, avec compte à rebours annonçant un black-out prochain, le récit choral d’In the Heights (D’où l’on vient) tourne autour de quatre personnages principaux.

Il y a d’abord Usnavi, le jeune propriétaire de la bodega du coin, qui entend retourner en République dominicaine, lieu d’où il narre les événements et où l’on retourne ponctuellement en cours d’intrigue. Vient ensuite Vanessa, dont Usnavi est amoureux, une coiffeuse qui aspire à étudier la mode et à s’installer dans un quartier plus huppé. Il y a aussi Benny, répartiteur dans une compagnie de taxis, épris pour sa part de Nina. Nina qui, de retour de la prestigieuse Université de Stanford pour les vacances, ne compte pas y retourner, mais ne sait comment l’annoncer à Kevin, son père, dont c’est là la plus grande fierté.

Kevin est le patron de Benny. Veuf, il reçut autrefois beaucoup d’aide de la part d’abuela : grand-mère de tout le monde, cette dernière veilla jadis autant sur Nina que sur Usnavi. Sans oublier Sonny, le petit cousin dudit Usnavi, dont l’avenir est incertain, ou Daniela, la propriétaire du salon de coiffure qui s’apprête à déménager dans le Bronx.

Chacun a, d’une manière ou d’une autre, un rêve à concrétiser. C’est ainsi qu’en cette saison chaude, tout dans les « Heights » est fébrilité, mouvement et amours latents. Et tout cela est établi dans les dix ou quinze premières minutes du film !

D’ailleurs, avec ce prologue campé sur une plage dominicaine où Usnavi entreprend de raconter ce fameux été à un groupe d’enfants, puis ce numéro d’ouverture où se succèdent les différents personnages et où sont esquissées les sous-intrigues respectives de ceux-ci, le film démarre sur une note quelque peu laborieuse. Toutefois, le dynamisme ambiant dissipe vite cette impression de lourdeur.

De charisme et de voix

S’ensuit une pléthore de numéros musicaux pour la plupart enlevés, et ayant l’avantage d’être partie prenante du récit plutôt que de le stopper. Outre qu’il célèbre la diversité de la communauté latino, In the Heights aborde en filigrane des thèmes comme l’immigration et les complications qui s’y rattachent, le racisme, l’accès difficile à une éducation de qualité, à un revenu décent… Or, justement, c’est vraiment dans les numéros eux-mêmes que sont décortiquées ces considérations sociopolitiques et économiques.

Du lot, la chanson 96,000 est la plus électrisante. Le talent de Miranda pour mélanger harmonieusement hip-hop, rap, pop et R&B y est bien en évidence. C’est aussi, cinématographiquement, la séquence la plus intéressante.

Car, sur le plan de la mise en scène, le film est parfois inégal. Certes, l’implication artistique de Miranda (qui tient le rôle tertiaire de Piraguero et est le producteur) est perceptible de bout en bout, mais la réalisation de Jon M. Chu va de l’inspiré au banal. Pour mémoire, on doit à Chu des films tels Jem and the Holograms et Crazy Rich Asians.

Mais là encore, la force brute du matériel dramatique et musical prévaut. Cela, et une distribution en béton. Les jeunes interprètes, en particulier Anthony Ramos (Usnavi), sont tous très en voix et pleins de charisme. Pas en reste, Olga Merediz (abuela), qui reprend le rôle qu’elle a créé sur les planches, est fort émouvante dans le numéro « Paciencia y Fe », lors duquel passé et présent se juxtaposent dans le métro.

Partitions bonifiées

Enfin, qui connaît l’œuvre originale remarquera que des personnages et des développements (y compris certains éléments plus traditionalistes) ont été coupés, d’autres fusionnés : une nécessité pour un film qui dure quand même 143 minutes.

Surtout, les personnages féminins ont gagné en tonus dans le scénario de Quiara Alegría Hudes, déjà autrice du livret. Au premier chef Vanessa, à qui on a imparti davantage d’actions déterminantes. Bref, dans l’ensemble, ce passage de la scène à l’écran s’avère plus que concluant.

 

D’où l’on vient (V.F. de In the Heights)

★★★ 1/2

Drame musical de Jon M. Chu. Avec Anthony Ramos, Melissa Barrera, Corey Hawkins, Leslie Grace, Olga Merediz, Jimmy Smits. États-Unis, 2021, 143 minutes.

En salle et en VSD sur la plupart des plateformes, dont Amazon Prime Video, AppleTV/iTunes, Bell, Cineplex Store, Cogeco, GooglePlay, illico, Microsoft, YouTube.