Petite romance, petit écran

Nick Hurran signe une comédie anodine.
Photo: Nick Hurran signe une comédie anodine.

Dans Broadcast News, Holly Hunter débarquait, jeune et naïve, dans l'univers féroce des nouvelles télévisées. Deux décennies plus tard, avec Little Black Book de Nick Hurran, elle passe du côté des cyniques, celui où logeait William Hurt à l'époque. Pour la non moins jeune et naïve Stacy Holt (Brittany Murphy), il est dommage qu'elle préfère le film de Mike Nichols, Working Girl, à celui de James L. Brooks. Mais tout comme Melanie Griffith, elle ne manque pas d'ambition et, entre deux chansons de Carly Simon, rêve des plus hauts sommets de la hiérarchie télévisuelle.

En attendant de grimper chaque échelon, Stacy, récemment nommée productrice d'un talk-show quotidien enregistré dans une obscure station du New Jersey, s'interroge sur le passé amoureux de Derek (Ron Livingston), son conjoint depuis un an. Après avoir mis la main sur son agenda électronique, où sont conservées des photos de ses anciennes flammes, elle décide, sous l'influence de sa collègue et amie Barb (Holly Hunter), de se servir de sa position pour vérifier ses (nombreux) soupçons. C'est ainsi qu'à travers leurs confidences, elle fait des découvertes étonnantes, tout en ayant de sérieux remords à mentir, et tout particulièrement à Joyce (Julianne Nicholson), dont la sincérité la touche. Mais il est déjà trop tard car Stacy ignore qu'elle est elle-même victime d'une machination beaucoup plus grande.

S'agit-il réellement d'une comédie romantique ou d'une satire de la télé-poubelle, celle des animateurs survoltés salivant devant leurs invités qui s'entretuent? Jusqu'à la toute fin, Nick Hurran se garde bien de vouloir trancher et les comparaisons avec Working Girl ne sont guère à l'avantage de Little Black Book: va pour une chanson de Carly Simon, mais quand tout le répertoire y passe, on n'ose même plus qualifier cela de surenchère... La mièvrerie du film tient sans doute aussi à la personnalité de Brittany Murphy, d'une belle candeur mais qui semble à la fois trop vieille pour le rôle (elle serait plus crédible en stagiaire qu'en productrice) et trop jeune face à Ron Livingston, qui donne l'impression de couver sa fille adolescente. Et il ne faut pas compter sur la présence, trop rare, de Kathy Bates, transformée en monstre d'indiscrétion du petit écran derrière sa perruque et son micro, pour rendre l'intrigue plus acidulée.

Même si Kate Hudson avait été appelée à la rescousse pour un peu plus de crédibilité, cela n'aurait rien changé au scénario de Melissa Carter, égratignant à peine, et en fin de parcours, le milieu nauséabond où évolue cet agneau sacrifié sur l'autel des cotes d'écoute. L'enquête de Stacy semble tellement accaparer tout son temps que l'on se demande si elle ne devrait pas changer de métier pour celui de détective privé. Or le film n'arrive jamais à amalgamer ses obsessions professionnelles et sentimentales, comme s'il s'agissait de deux univers évoluant en parallèle. Là encore, Mike Nichols a su faire beaucoup mieux dans Working Girl et chaque référence à ce conte de fées des années 80 n'est que plus cruelle envers cette comédie anodine de l'été 2004.