«La déesse des mouches à feu» au panthéon

Kelly Depeault a remporté l’Iris de la révélation de l’année pour son rôle de Catherine dans «La déesse des mouches à feu».
Photo: Eric Myre Kelly Depeault a remporté l’Iris de la révélation de l’année pour son rôle de Catherine dans «La déesse des mouches à feu».

C’était soir de célébration pour le cinéma québécois, dimanche, avec la tenue du Gala Québec Cinéma. Au terme d’une période particulièrement sombre pour l’industrie en raison de la pandémie, c’est l’incandescent La déesse des mouches à feu, d’Anaïs Barbeau-Lavalette, qui a été couronné, remportant sept prix Iris, dont ceux du meilleur film, de la meilleure réalisation et de la révélation de l’année pour la jeune Kelly Depeault. Après un passage remarqué à Berlin, cette adaptation du roman de Geneviève Pettersen sur les tribulations d’une adolescente de Chicoutimi au milieu des années 1990 n’a cessé de s’attirer des éloges.

Hormis ces lauriers, La déesse des mouches à feu a remporté les Iris du meilleur montage (Stéphane Lafleur), des meilleures coiffures (Johanne Paiement), de la meilleure distribution des rôles (Murielle La Ferrière, Marie-Claude Robitaille), ainsi que de la meilleure actrice de soutien pour la très méritante Caroline Néron. C’est à cette dernière qu’on doit le moment le plus mémorable de la soirée : émue, digne, vraie, elle a livré des remerciements fort émouvants.

À l’animation du gala, Geneviève Schmidt était vive, pétillante, mais mal servie côté texte — les gags du mot de bienvenue tombaient parfois à plat. Le phénomène s’est répété, hélas. Peut-être était-ce le fait de la distanciation physique, ou du stress accumulé au cours d’une année passablement éprouvante, mais l’ensemble paraissait souvent figé. La virée impromptue (aussi préenregistrée soit-elle) au cinéma Pine, de Sainte-Adèle, était en revanche un bon flash. Tout comme d’inviter Pierre Lapointe pour un splendide numéro musical.

Photo: Eric Myre

Hormis La déesse des mouches à feu, l’autre grand favori était le puissant Souterrain, de Sophie Dupuis, qui vient à peine de prendre l’affiche. Or, ce drame campé à Val-d’Or dans le milieu des mines n’est pas reparti bredouille, gagnant les Iris du meilleur scénario (Sophie Dupuis), de la meilleure direction photo (Mathieu Laverdière), du meilleur son (Luc Boudrias, Frédéric Cloutier, Patrice LeBlanc) et du meilleur acteur de soutien pour Théodore Pellerin, bouleversant en jeune ex-mineur accidenté.

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À noter qu’avec ces deux films, La déesse des mouches à feu et Souterrain, c’est le travail de deux brillantes réalisatrices qui a été récompensé.

Cru exceptionnel

Chose certaine, le cru éligible cette année était d’une qualité exceptionnelle, pandémie ou pas. En attestent d’autres films primés, comme l’excellent Les nôtres, de Jeanne Leblanc, dont la jeune vedette Émilie Bierre a décroché l’Iris de la meilleure actrice : en adolescente qui met à mal la fausse quiétude d’une petite communauté, elle est épatante. Chez les hommes, Sébastien Ricard a été désigné meilleur acteur pour son interprétation passionnée de frère et enseignant avant-gardiste dans Le club Vinland, de Benoit Pilon, également vainqueur dans la catégorie des meilleurs costumes (Francesca Chamberland) et de la meilleure direction artistique (Patrice Bengle, Louise Tremblay). Ne déparait pas la liste non plus : le drame social Vacarme, de Neegan Trudel, qui se déroule dans l’univers des centres d’accueil pour jeunes, et qui a reçu l’Iris du meilleur premier film.

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Photo: Eric Myre

Il y a eu un peu de tout pour tout le monde. La comédie dramatique My Salinger Year, de Philippe Falardeau, s’est illustrée pour la musique de Martin Léon. Le thriller survivaliste Jusqu’au déclin, de Patrice Laliberté, a remporté l’Iris des meilleurs effets visuels (Sébastien Chartier, Jean-François « Jafaz » Ferland, Marie-Claude Lafontaine). Quant au film de zombies Blood Quantum, de Jeff Barnaby, il a gagné l’Iris des meilleurs maquillages (tout juste après ses six prix Écrans canadiens).

Pincement pour Nadia, Butterfly, une sélection cannoise signée Pascal Plante qui n’a pas eu la faveur des votants.

En documentaire, cela aura indubitablement été l’année du magnifique, et poignant, Errance sans retour, de Mélanie Carrier et Olivier Higgins : meilleur documentaire, meilleure direction photo documentaire (Renaud Philippe, Olivier Higgins), meilleur montage documentaire (Amélie Labrèche, Olivier Higgins). D’ailleurs, Olivier Higgins, qui a dédié la victoire de l’équipe aux réfugiés rohingyas, a eu raison d’interpeller les diffuseurs en les invitant à diffuser davantage de documentaires. Même son de cloche de la part de Félix Rose, dont le documentaire Les Rose, au centre d’une controverse après avoir été écarté des autres catégories, a gagné le prix du public.

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Hors Montréal

En format court, l’Iris du meilleur court métrage de fiction est allé à Écume, d’Omar Elhamy, celui du meilleur court métrage d’animation à La saison des hibiscus, d’Éléonore Goldberg, et enfin, celui du meilleur court métrage documentaire au film Le frère, de Jérémie Battaglia.

Pour marquer le coup de ses cinquante ans d’activité, l’Iris hommage fut remis à l’Association coopérative de productions audiovisuelles, à l’origine de films de grande qualité tels La neuvaine, de Bernard Émond, Le vendeur, de Sébastien Pilote, ou encore Antigone, de Sophie Deraspe.

Enfin, il faut signaler que la victoire de La déesse des mouches à feu et celle de Souterrain, deux films se déroulant loin de la métropole, envoient un signal intéressant. En avril dernier, en effet, une coalition de professionnels du cinéma déplorait que la vaste majorité des subventions au cinéma provenant de la SODEC soit dépensée dans la seule région de Montréal.