Miracle et mystère

Le titre du neuvième long métrage du Sud-Coréen Kim Ki-duk est à la fois explicite et mystérieux. Explicite parce qu'il évoque le cycle des saisons et, à travers lui, la pulsation du cycle de la vie humaine, analogie fondatrice de cette chronique méditative à la beauté plastique un brin surfaite. Mystérieux parce que les saisons qui découpent Printemps, été, automne, hiver... et printemps en autant de volets sont intercalées d'ellipses à durée variable, si bien que le récit couvre, non pas une année et des poussières, mais tout l'espace d'une vie, depuis l'aube jusqu'au crépuscule.

Un temple flottant, posé au beau milieu d'un lac de montagnes (et construit dans une réserve naturelle protégée), sert d'unique théâtre à ce film sur l'apprentissage, la pénitence et la renaissance. Le lieu solitaire, à l'abri du regard des hommes et en communion avec la nature, est habité par un vieux moine (Oh Young-soo), lequel veille à l'éducation spirituelle d'un enfant abandonné à ses soins. Du printemps, saison où celui-ci découvre la cruauté et le fardeau de l'homme, le scénario nous fait enjamber les années jusqu'à l'été où, devenu jeune adulte (campé par Kim Ki-duk lui-même), il succombe à l'exaltation amoureuse auprès d'une jeune convalescente. La détresse, l'abandon d'un automne marqué par la trahison, le meurtre et la fuite, débouchent sur un hiver de sacrifice et de pénitence, lequel culmine sur la promesse de pureté d'un printemps qui renaît, autour et dans le coeur de l'enfant devenu vieillard.

Difficile de donner plus de détails tant le parti pris minimaliste du cinéaste commande, de la part du critique, une certaine réserve par crainte d'éventer toute l'affaire. Cela dit, le mystère de Printemps, été... ne réside pas seulement dans son histoire, mais bien aussi dans l'expérience contemplative qu'elle invite les spectateurs à vivre. À ce niveau, d'ailleurs, Kim Ki-duk a parfois la main pesante. Dans l'accumulation, le filmage somptueux, les mouvements d'appareil graciles, les compositions lustrées finissent par donner l'impression d'assister à un reportage du National Geographic.

Le miracle du film tient à autre chose. Au rythme, d'une part, lent sans jamais être pesant, si bien que le passage du temps, qu'on doit sentir sans en souffrir, est accéléré par l'inspiration d'un scénario sublimement structuré; aussi, et dans le même ordre d'idées, aux additions homéopathiques d'éléments de narration dans une trame pulsée par la nature et l'intangible; et enfin, dans la justesse des acteurs, qui compensent le déficit verbal en irradiant de l'intérieur.

Printemps, été... n'est certes pas la méditation cinématographique la plus remarquable sur le passage du temps et de la vie, le rapport homme-nature et la philosophie bouddhiste axée sur le repli intérieur et l'attente. Mais le message subliminal qu'il lance avec modestie dans un monde qui va s'accélérant (The Village y fait d'ailleurs écho, à sa façon) mérite qu'on fasse la pause pendant les quelque cent minutes que dure l'expérience.