À voir à la télévision le vendredi 13 août - Savant désordre

En plus d'être une rareté à la télévision, Week-end, long métrage réalisé par Jean-Luc Godard en 1966, est l'un des plus étranges objets de curiosité légués par le septième art. Pour ne pas dire un ovni, une bête curieuse, ou encore un tas d'images et de sons «trouvés à la ferraille», comme le signale son auteur, au début du film, pour ainsi préparer notre regard et nos sens au désordre qui suit.

Or rien n'est plus nauséabond et tonitruant que ce 16e rejeton (en sept années de cinéma) de l'auteur du Mépris, dont il a d'ailleurs quelque chose du petit cousin pervers. Le sujet: un couple parisien (Jean Yanne et Mireille Darc), odieux et égoïste, prend la route de la campagne, un samedi matin, pour ne rencontrer que carambolages sanglants, auto-stoppeurs pirates, poètes chantants (Jean-Pierre Léaud), voleurs de voitures, puis Emily Brontë, Saint-Just et la pauvre Alice de Lewis Carroll, perdue dans ce monde sans merveilleux que les deux héros traversent comme s'il s'agissait d'un centre commercial un 24 décembre.

Dans cette comédie cynique et amère, chaque parole est pressée ou interrompue par l'indifférence des autres, ou encore ensevelie sous une cacophonie de bruits de klaxons, élevés au rang de dialogues. À travers tout ce bruit, juxtaposé à des couleurs tatiesques et arrangé en des épisodes fragmentés, se dessine le profil type d'un couple bête et méchant, produit de son époque, vers lequel Godard dirige toute sa misanthropie, non sans faire prononcer par son héroïne la phrase qui résume son malaise et son oeuvre: «Notre ignorance de notre propre nature est totale.»

Un film déplaisant, exigeant, épuisant, livré comme une gifle, et sans clés, par ailleurs inscrit dans une réalité très codée, celle de la France bourgeoise à la veille d'être secouée par la révolution étudiante. Aux armes, etc.

Cinéma / Week-end

Télé-Québec, 21h