À voir à la télévision le mercredi 11 août - Monica la fleuriste

Comme tant d'autres, j'ai longtemps cru que Monica Vitti ne pouvait qu'afficher une mine patibulaire, image de froideur figée pour l'éternité grâce aux bons soins de Michelangelo Antonioni. Dans L'Avventura et Le Désert rouge, elle traînait péniblement son ennui de femme dite «moderne» et, telle une Greta Garbo italienne, le jour où le rire de l'actrice s'est fait entendre, cela pouvait ressembler à un événement.

Ettore Scola fut l'un de ceux qui éloignèrent temporairement Vitti de ses rôles de grande bourgeoise angoissée. Dans Drame de la jalousie (1970), point de maison cossue ou de yacht égaré au milieu de la Méditerranée pour Adélaïde, une belle fleuriste qui, au moment où le film démarre, vient tout juste d'être assassinée. Oreste (Marcello Mastroianni), un maçon depuis longtemps converti au communisme, n'avait d'yeux que pour elle, tout comme Nello (Giancarlo Giannini), le propriétaire d'une pizzeria, qui réussira à avoir sa main. Le maçon ne l'entend pas de cette façon et nous raconte — à diverses occasions, les personnages se tournent vers la caméra pour livrer d'amusantes confessions — comment il en est arrivé à commettre l'irréparable.

L'autre faute importante que cet ouvrier s'apprête à faire, c'est de remettre en question son engagement envers le Parti communiste, ce qui, à l'époque, devenait aussi grave que son crime passionnel. Ce n'était pas la première fois qu'Ettore Scola allait ainsi dénoncer la ferveur quasiment religieuse des communistes italiens. Et il ne se privera pas de le faire, parfois avec un humour nostalgique (Nous nous sommes tant aimés) ou encore un brin de cynisme (La Terrasse). Drame de la jalousie allait lui apporter la reconnaissance internationale et, quelques films plus tard, il fut consacré l'un des meilleurs cinéastes italiens de sa génération, longtemps dans l'ombre de Fellini, Rosi, De Sica et Antonioni, celui qui n'a jamais fait rire Monica Vitti.

Cinéma / Drame de la jalousie

Télé-Québec, 21h