«The Conjuring: The Devil Made Me Do It»: sous l'emprise de la surenchère

Troisième volet des aventures surnaturelles des Warren « en partie » basées sur des faits, «The Conjuring: The Devil Made Me Do It (La conjuration : sous l’emprise du Diable)» est le plus faible de la saga, mais donne paradoxalement à voir les meilleures performances de Vera Farmiga et de Patrick Wilson (notre photo) dans leurs rôles respectifs.
Photo: Warner Bros. Entertainment Inc. Troisième volet des aventures surnaturelles des Warren « en partie » basées sur des faits, «The Conjuring: The Devil Made Me Do It (La conjuration : sous l’emprise du Diable)» est le plus faible de la saga, mais donne paradoxalement à voir les meilleures performances de Vera Farmiga et de Patrick Wilson (notre photo) dans leurs rôles respectifs.

En 1981 se tint un procès très médiatisé, celui d’Arne Cheyenne Johnson, accusé d’homicide. Face à une preuve accablante, le jeune homme de 19 ans argua qu’il avait agi en état de possession démoniaque, d’où l’engouement. En amont, Lorraine et Ed Warren, un couple de démonologues bien connu, avaient été impliqués dans l’affaire qui concernait au départ la possession d’un garçon de 11 ans, David Glatzel, le petit frère de la fiancée d’Arne.

Troisième volet des aventures surnaturelles des Warren « en partie » basées sur des faits, The Conjuring: The Devil Made Me Do It (La conjuration : sous l’emprise du diable) est le plus faible de la saga, mais donne paradoxalement à voir les meilleures performances de Vera Farmiga et de Patrick Wilson dans leurs rôles respectifs.

Il faut par ailleurs préciser qu’il s’agit, de manière globale, du huitième opus de l’« univers cinématographique Conjuring », qui s’intéresse aussi aux méfaits — fictifs ceux-là — de la poupée maléfique Annabelle et autres religieuses damnées. The Curse of Llorona (La malédiction de la dame blanche) en fait partie, et c’est le réalisateur de ce dernier film, Michael Chaves, qui officie à la réalisation de ce plus récent Conjuring. Réalisateur de l’habile original, James Wan est de retour comme producteur.

Long préambule pour établir que ces films sont désormais issus d’une machine bien huilée, mais dorénavant sans âme. C’est patent dans le cas présent, en dépit des louables efforts de Farmiga et de Wilson. Déjà, The Conjuring 2 était surpeuplé côté personnages secondaires et sous-intrigues, dont l’une plaquée là uniquement afin de servir de tremplin à un futur film parallèle, The Nun (La nonne)… Malgré ce dispersement narratif, il y avait une certaine imagination dans les moyens déployés pour effrayer.

Dans tous les sens

Rien de tel dans le tome trois, qui commet le pire péché qui soit pour un film d’horreur de ce genre : il ne fait pas peur. On écrit « de ce genre », car les Conjuring s’inscrivent dans une veine commerciale assumée, et c’est parfait ainsi. Ces productions promettent terreur et sursauts sans temps mort, ou presque, et non un suspense à combustion lente cher à une veine plus « auteuriste ». Selon l’humeur, les deux ont leurs vertus. Bref, le film de Michael Chaves ne remplit pas son mandat.

La technique est pourtant au rendez-vous. Succès répétés aidant, l’univers Conjuring a développé un indéniable savoir-faire. C’est particulièrement vrai pour les trois Conjuring, titres les plus soignés du lot. Or, La conjuration : sous l’emprise du diable a beau être filmé, photographié et monté avec efficacité, les frissons ne sont qu’occasionnels.

Dommage, car le prologue est prometteur, avec séquence de possession échevelée et tentative ratée d’exorcisme chez les Glatzel. On y a droit à deux bonnes trouvailles visuelles, soit la scène de la baignoire et celle de l’escalier — qui verra comprendra. Par la suite, hélas, le scénario de David Leslie Johnson-McGoldrick, coscénariste du précédent film, tire dans tous les sens. Un peu de maison hantée, un peu de procès, un peu de prison, un peu d’intrigue policière, un peu de satanisme…

On a d’un côté Arne, toujours incarcéré, possédé et risquant la peine capitale, et de l’autre, les Warren qui enquêtent. Remplies d’apartés et de retours en arrière, les deux trames s’arriment mal l’une à l’autre.

Approche outrancière

Surtout, les péripéties (largement fictives) des Warren se révèlent pour la première fois franchement ridicules par moments. On pense à ce passage à la morgue, ou encore à cette course folle en forêt, qui culmine au bord d’un précipice : on est dans la surenchère pour la surenchère.

Loin d’augmenter la charge horrifique, cette approche outrancière engendre une perte d’intérêt. L’angle de l’occultisme, qui là encore semble plaqué en vue de lancer un film séparé comme The Nun, ne convainc en outre jamais malgré la conviction qu’y mettent les interprètes. Privé d’un encrage dans la vraisemblance, si ténu soit-il, l’exercice tourne à vide.

C’est Baudelaire qui disait que « la plus belle des ruses du diable est de vous persuader qu’il n’existe pas ». À ce compte, s’il existait, le diable approuverait sans doute ce troisième Conjuring.

La conjuration: sous l’emprise du Diable (V.F. de The Conjuring : The Devil Made Me Do It)

★★

Horreur de Miachael Chaves. Avec Vera Farmiga, Patrick Wilson, Ruairi O’Connor, Eugenie Bondurant, John Noble. États-Unis, 2021, 112 minutes. En salle et en VSD sur la plupart des plateformes dont Amazon Prime Video, CineplexStore, GooglePlay, iTunes, Microsoft



À voir en vidéo