Un cru majeur attendu à Cannes

Jeudi à Paris, Thierry Frémaux le délégué général du festival et Pierre Lescure, son président dévoilaient la liste des élus.
Photo: Stéphane de Sakutin Agence France-Presse Jeudi à Paris, Thierry Frémaux le délégué général du festival et Pierre Lescure, son président dévoilaient la liste des élus.

Hélas ! Sans films québécois ni canadiens, mais avec un aréopage de cinéastes majeurs, cette 74e édition pas comme les autres du Festival de Cannes s’aligne pour un cru majeur cet été dans sa Sélection officielle, avec un jury présidé par l’Américain Spike Lee. Car c’est bel et bien du 6 au 17 juillet que se déroulera la grande manifestation de cinéma, annulée l’an dernier pour causes pandémiques, bientôt sur ses rails. Pas certain que réalisateurs et vedettes pourront faire le déplacement de leurs continents lointains avec les contrôles sanitaires. On s’attend à la présence et chair et en os d’artistes surtout européens.

Jeudi, à Paris, Thierry Frémaux, le délégué général du festival, et Pierre Lescure, son président, dévoilaient la liste des élus. Frémaux le précisait, si le cinéma a pris l’empreinte du moment particulier de la pandémie, la sélection cannoise ne s’y cantonne pas, mais le festival abordera aussi la crise identitaire, ce que nous sommes et ce que devient le monde. Le titre de la superproduction américaine si attendue là-bas n’a pas encore été dévoilé.

Parmi les 24 films en compétition, plusieurs valeurs sûres. La présence de la comédie musicale Annette du Français Leos Carax, avec Marion Cotillard et Adam Driver en ouverture, avait déjà été dévoilée, comme celle de Benedetta du Néerlandais Paul Verhoeven, sur une nonne lesbienne, et de The French Dispatch de l’Américain Wes Anderson, comédie tournée en France avec distribution cinq étoiles, dont Frances McDormand, Bill Murray, Benicio del Toro, Timothée Chalamet et Tilda Swinton.

Dans la course aussi, le Français François Ozon avec Tout s’est bien passé sur l’aide à mourir (avec Sophie Marceau et André Dussollier). Ajoutez ses compatriotes Bruno Dumont pour France (avec Léa Seydoux et Blanche Gardin), le grand Jacques Audiard avec Les olympiades, un voyage culturel et social dans Paris. Le Franco-Marocain Nabil Ayouch concourra sous la bannière marocaine avec Haut et fort, campé dans un centre culturel près de Casablanca où des jeunes carburent au hip-hop. Chose certaine, l’Hexagone est fort bien représenté.

En compétition, l’Italien Nanni Moretti (palmé d’or avec La chambre du fils) revient avec un drame familial, Tre Piani, sur les familles d’un même immeuble, l’Iranien Asghar Farhadi a tourné dans son pays Un héros, l’acteur cinéaste américain Sean Penn ose un retour avec Flag Day sur une histoire de fraude après son four de 2016 The Last Face. Son compatriote Sean Baker présentera la comédie noire Red Rocket. Le Norvégien Joachim Trier (auteur d’Oslo, 31 août) est sélectionné avec le sentimental Julie (en douze chapitres).

Le Russe Kirill Serebrennikov, interdit dans son pays et qui avait tant impressionné avec Leto, propose Petrov’s Flu.

Le fascinant Thaïlandais Apichatpong Weerasethakul (palmé d’or pour Oncle Boonmee) concourt avec son premier film en anglais, Memoria, donnant la vedette à Tilda Swinton et à Jeanne Balibar.

Ce n’est pas le cru des dames. Du moins, l’actrice et cinéaste américaine francophile Jodie Foster recevra-t-elle la Palme d’honneur.

Quatre femmes se retrouvent en compétition seulement, dont trois Françaises : Mia Hansen-Love avec Bergman Island, tourné sur l’île du grand cinéaste de Fanny et Alexandre, qui met en scène Tim Roth ; Catherine Corsini avec La fracture, abordant de plein fouet la pandémie ; ainsi qu’une nouvelle venue, Julia Ducournau, avec Titane.

C’est hors concours que le biopic Aline de Valérie Lemercier, adapté librement de la vie de Céline Dion, sera présenté, tout comme De son vivant d’Emmanuelle Bercot, avec Catherine Deneuve attendue sur la Croisette. Léa Seydoux se démultiplie, à la distribution des films de Wes Anderson, de Bruno Dumont et d’Arnaud Desplechin (Tromperie) présenté dans la section Cannes Première. C’est dans le volet Un certain regard qu’atterrira Bonne mère, premier long métrage de l’actrice Hafsia Herzi, où plusieurs réalisatrices se retrouvent aussi.

En compétition de son côté, l’Israélien Nadav Lapid (L’institutrice, Synonymes) avec Le genou d’Ahed. Le Belge Joachim Lafosse accompagnera Les intranquilles, qui traite de bipolarité. Le Hongrois Ildiko Enyedi présentera Histoire de ma femme. Ajoutez dans la course des titres comme Drive my Car du Japonais Ryusuke Hamaguchi sur le secret d’un couple, Hytti Nro 6 du Finlandais Juho Kuosmanen, Lingui sur une grossesse adolescente du Tchadien Mahamat-Saleh Haroun (Prix du jury pour Un homme qui crie), revenu après dix ans d’absence de l’Afrique en compétition.

Cannes Première

Dans la nouvelle section Cannes Première, consacrée aux cinéastes confirmés, sera projeté notamment le documentaire d’Oliver Stone sur l’assassinat de John F. Kennedy avec des documents inédits, mais aussi In Front of Your Face du Coréen Hong Sang-soo, bizarrement hors compétition, tout comme Serre-moi fort de Mathieu Amalric et Cow de la Britannique Andrea Arnold.

Hors compétition, on verra entre autres le documentaire de l’Américain Todd Haynes The Velvet Underground, qui devrait faire courir les festivaliers, ainsi que le thriller Stillwater de Tom McCarthy tourné à Marseille (avec Matt Damon). Une section éphémère a été créée pour les films consacrés aux questions environnementales.

Dans cette édition hors normes, moins festive, plus protégée, sans la foule des stars d’Hollywood, le cinéma sera la grande vedette. C’est lui qu’on viendra visiter.

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