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Un récitatif compétent, sans plus

Une scène tirée de Premier juillet – le film, de Philippe Gagnon. Source: Alliance Atlantis Vivafilms
Photo: Une scène tirée de Premier juillet – le film, de Philippe Gagnon. Source: Alliance Atlantis Vivafilms

Le démarchage médiatique fait autour de sa sortie ne cache rien des intentions du distributeur Alliance Atlantis Vivafilm, lequel espère faire de Premier juillet - le film le nouveau Québec-Montréal des cinéphages aoûtiens. Or ce premier long métrage produit par l'Institut national de l'image et du son (INIS), écrit et réalisé par des finissants de cette jeune institution voisine de la Cinémathèque, ne possède qu'une infime fraction des qualités qui ont fait le succès du road-movie de Ricardo Trogi. De fait, l'originalité de Québec-Montréal tenait essentiellement à la force de la parole prise par son petit groupe de créateurs, lesquels remettaient en question l'homme rose et l'amitié virile avec courage et franchise. À l'inverse, les créateurs de Premier juillet - le film ne semblent pas avoir saisi l'occasion qui leur a été donnée de s'exprimer.

Ainsi, au-delà des défis dramaturgiques du sketch bien fait et des enjeux techniques d'une mise en scène appliquée, Premier juillet - le film fait l'effet d'un récitatif compétent sur le thème du changement, sans toutefois imposer un véritable point de vue sur le phénomène observé, point de vue que seules l'inspiration et la curiosité auraient pu matérialiser.

Du coup, on reste perplexe, sinon déçu, devant l'occasion que Gagnon et sa bande ont manquée de nous révéler la face cachée (je me serais contenté du profil bas) du nomadisme des Québécois à l'heure du solstice d'été. Le phénomène, qui a fait l'objet de nombreux reportages journalistiques, est plus riche, complexe et révélateur que ce que ce naïf pensum sur le stress du changement de décor laisse entendre.

Partant d'une galerie de personnages en transit (heureux, malheureux ou forcé), qui habitent le même quartier sans toutefois se connaître, le scénario aligne, enfile et superpose une série de sketchs inégaux, mixant au grand remous du départ les thèmes de la trahison, de la responsabilité, de la découverte de l'autre, de l'exil rural, etc. Or, passées les premières réactions épidermiques, qui donnent lieu à quelques scènes cocasses, les auteurs ne cherchent jamais à identifier les véritables sources du stress migratoire et finissent, au bout de 90 longues minutes, à enrouler leurs petites intrigues autour d'un consensus paresseux.
1 commentaire
  • Francine Hogue, Édifice Joli-Coeur,Lacasse Avocats - Inscrite 6 août 2004 12 h 59

    Et la sincérité de tout cela??

    M.Bureau est sévère pour ce premier film de Philippe Gagnon qui présente de manière sincère, sans artifices ni clichés ni gags faciles, et avec émotion, (et surtout sans les omniprésents Raymond Bouchard, Patrick Huard, Pascale Bussières et autres), un aspect social important de la vie québécoise (pourquoi devons nous tous déménager le 1er juillet?) sous le regard de jeunes aux prises avec leurs parents, leurs propriétaires, leurs chums ...Sans doute M. Bureau a-t-il grandi dans un cottage de banlieue dont il n'est jamais encore parti...