Télévision - Des millions de Cubains ont vu Fahrenheit 9/11

La Havane — Au dernier jour hier de sa projection en salle à Cuba, Fahrenheit 9/11, le brûlot anti-Bush du cinéaste américain Michael Moore, a été vu par des millions de Cubains, grâce notamment à son passage à la télévision, qui a donné toutefois des sueurs froides à ses commanditaires en menaçant de le priver d'un éventuel Oscar.

Projeté dans 120 salles à sa sortie il y a 15 jours, le film a reçu toutes les attentions du régime qui s'en est copieusement servi dans sa guerre de propagande contre l'administration américaine et l'actuel occupant de la Maison-Blanche.

Mais pour être «oscarisable», un documentaire ne peut pas avoir été diffusé à la télévision ou sur Internet neuf mois après sa sortie.

«À l'exception des films volés ou piratés», a précisé à l'AFP à Los Angeles un porte-parole de l'Académie des arts et des sciences cinématographiques, réagissant aux commentaires selon lesquels la retransmission à la télévision cubaine de Fahrenheit 9/11 risquait de le priver d'un éventuel Oscar.

Le jeudi 27 juillet, Granma, le quotidien officiel du Parti communiste cubain (parti unique), annonçait en une que Fahrenheit 9/11 serait projeté le soir même au cours de l'émission quotidienne Mesa redonda (table ronde), diffusée sur trois des quatre chaînes cubaines. Le samedi suivant, le film était rediffusé à une heure de grande écoute lors d'une émission populaire, s'assurant ainsi une audience de plusieurs millions de Cubains.

Interrogée sur l'origine de la copie du film utilisée — de piètre qualité et truffée de fautes dans le sous-titrage en espagnol, réalisé à l'étranger —, un porte-parole de l'Institut cubain des arts et industries cinématographiques (ICAIC, organisme d'État) a répondu à l'AFP n'avoir «pas de commentaires» à faire sur ce point.

Dans la seule salle Charles Chaplin de La Havane — et la plus grande — 12 572 entrées ont été enregistrées au cours des 10 premiers jours, a indiqué la porte-parole.

Cuba n'a pas signé les accords de copyright et les spectateurs cubains étaient en général convaincus d'avoir affaire à une copie pirate.

Selon un communiqué commun du distributeur Lions Films et du producteur Miramax, le film «a été illégalement retransmis à la télévision cubaine à partir d'une copie pirate».