Cinéma - 57e Festival de Locarno: régime minceur et hommage à la presse

Genève — Le 57e Festival international du film de Locarno (sud-est de la Suisse) présente à partir d'aujourd'hui et jusqu'au 14 août un choix de films plus restreint que les années précédentes, privilégiant un cinéma au service de la vérité avec une rétrospective consacrée aux journalistes à l'écran.

Alors que les deux dernières éditions affichaient des programmations pléthoriques — 450 titres en 2003! — Locarno a décidé cette année de resserrer sa programmation.

La manifestation s'est imposé ce régime minceur par égard aux festivaliers qui se plaignaient de plus en plus de ce gavage de films, a indiqué à la presse l'Italienne Irene Bignardi, sa directrice artistique.

Les 18 films présentés en compétition internationale, provenant de 17 pays, cherchent tous à «décrypter le monde instable dans lequel nous vivons», a expliqué Irene Bignardi à l'agence suisse ATS. Ainsi le film indien Black Friday d'Anurag Kashyap s'inspire des attentats survenus à Bombay en 1993.

Le cinéma asiatique a une place de choix cette année. Muoa Len Traau (Buffalo Boy) du Vietnamien Minh Nguyen-Vô, Tony Takitani du Japonais Jun Ichikawa et Dastaneh Natanam (Story Undone) de l'Iranien Hassan Yektapanah, coproduit par Singapour, sont en lice pour le Léopard d'or, la récompense suprême.

Seule la France est sélectionnée deux fois en compétition officielle: Pourquoi (pas) le Brésil de Laetitia Masson, d'après Christine Angot, avec Elsa Zylberstein et Pierre Arditi, et Ordo de Laurence Ferreira-Barbosa, avec Roschdy Zem.

Dogora, le dernier film de Patrice Leconte, tourné au Cambodge, sera présenté en première mondiale, en plein air, sur la Piazza Grande, ainsi que Les Fautes d'orthographe de Jean-Jacques Zilbermann, avec Carole Bouquet et Olivier Gourmet.

La grande rétrospective du festival, intitulée Newsfront (le front de l'information) retrace la présence des journalistes à l'écran à travers 91 titres, dont des classiques (Citizen Kane d'Orson Welles), des raretés (L'Affaire Dreyfus, de Georges Méliès, tourné en 1899) ou encore Roger et moi, le premier film de l'Américain Michael Moore.

Sur la Piazza Grande seront projetés Les Hommes du président d'Alan J. Pakula, consacré au scandale du Watergate en 1976, et le documentaire Hunting the President de Nick Perry et Harry Thomason, sur les manoeuvres pour tenter de faire tomber l'ex-président Bill Clinton.

Les festivaliers pourront aussi découvrir en première mondiale le dernier film de l'Allemand Volker Schlöndorff, Der Neunte Tag.

Trois longs métrages réalisés par le souverain cambodgien Norodom Sihanouk seront montrés dans la section «Portes ouvertes». «Ce ne sont pas des chefs-d'oeuvre, mais il est intéressant de voir comment un prince cinéaste voit son pays», estime la directrice du festival.

Le festival décernera son «Pardo» d'honneur au metteur en scène italien Ermanno Olmi, cinéaste de L'Arbre aux sabots, Palme d'or à Cannes en 1978, qui viendra présenter sa dernière réalisation, Cantondo dietro i paraventi avec Bud Spencer.

Locarno rendra hommage à Marlon Brando en montrant le 7 août un de ses films les moins connus, Queimada de l'Italien Gillo Pontecorvo.

Le jury de la compétition internationale est présidé cette année par le photographe suisse René Burri, et comprend le cinéaste français Olivier Assayas et le critique britannique David Robinson.