«A Quiet Place II»: un silence pétaradant

«A Quiet Place II» reprend là où le précédent opus a laissé. Désormais seule avec ses trois enfants, Megan, Marcus et ce nourrisson qui peut se mettre à pleurer à tout moment, Evelyn (Emily Blunt) doit quitter la ferme dévastée.
Photo: 2019 Paramount Pictures. All Rights Reserved «A Quiet Place II» reprend là où le précédent opus a laissé. Désormais seule avec ses trois enfants, Megan, Marcus et ce nourrisson qui peut se mettre à pleurer à tout moment, Evelyn (Emily Blunt) doit quitter la ferme dévastée.

Avec ses recettes de 340 millions de dollars américains pour un budget d’à peine 20 millions, le film d’horreur A Quiet Place (Un coin tranquille) était certain d’engendrer une suite. Or, alors que cette dernière prend l’affiche vendredi, l’actrice Emily Blunt a d’ores et déjà annoncé qu’il s’agit désormais d’une trilogie. Ce qui n’est peut-être pas plus mal puisque, pour une rare fois, ladite suite se révèle meilleure que l’original. Ou, à tout le moins, plus trépidante.

Pour mémoire, la terre a été envahie par des extraterrestres aveugles mais dotés d’une ouïe surdéveloppée qui leur permet de repérer et de déchiqueter leurs proies humaines — pour quelle raison ? Mystère ! —, réduites pour leur part à se terrer en silence dans des bunkers et autres ruines. Le moindre son peut s’avérer fatal.

Retranchée dans sa ferme, la famille Abbott a jusque-là éludé les monstres, sortes d’énormes « insectoïdes », entre autres grâce à l’habileté de ses membres à communiquer en langue des signes. C’est que Megan, l’aînée, est atteinte de surdité. Mais voilà, à la fin du film originel, la petite s’apercevait que la rétroaction produite par son appareil auditif, amplifiée par un microphone, permettait d’affoler les créatures juste assez longtemps pour les trucider.

A Quiet Place II (Un coin tranquille 2e partie) reprend là où le précédent opus a laissé. Désormais seule avec ses trois enfants, Megan, Marcus et ce nourrisson qui peut se mettre à pleurer à tout moment, Evelyn (Blunt) doit quitter la ferme dévastée. Coup de chance, ils tombent sur Emmett, un ami d’avant l’invasion. Lorsque la toujours brillante et intrépide Megan part en douce afin de se rendre dans une station de radio dans le but de transformer son appareil auditif en arme de destruction massive, Evelyn supplie Emmett d’aller la chercher. Avec son fils récemment blessé et son poupon, Evelyn n’a pas le choix de rester dans l’abri d’Emmett.

S’ensuivent deux récits parallèles adroitement menés, surtout la quête de Megan (excellente Millicent Simmonds), vraie héroïne du film. Et c’est ici que John Krasinski, qui a écrit, réalisé et tenu la vedette d’A Quiet Place, marque des points. En effet, en dépit d’un concept très ingénieux (imaginé par Bryan Woods et Scott Beck), on était dans la minorité à n’avoir pas spécialement été convaincu par le premier opus. « En guise de trame, l’auteur offre davantage une succession d’affrontements horrifiques qu’un récit cohésif », écrivait-on à l’époque. Le principe était celui de la montagne russe.

Or, cette fois-ci, Krasinski opte pour une approche inverse en déterminant un objectif. Dès lors, les différentes tribulations ne sont plus disparates, mais forment au contraire un parcours à obstacles trépidant. Le tout culmine par une apothéose d’autant plus satisfaisante qu’il y a eu, en amont, un réel cumul de tension.

Périls diversifiés

A Quiet Place II se distingue également en abandonnant la formule du (semi-)huis clos. Après une action confinée à la ferme, la toile de fond s’accroît considérablement. En somme, Krasinski applique l’approche classique des suites, qui consiste à en rajouter à tous les niveaux (le budget est passé à 60 millions de dollars). Cela se traduit donc par plus de lieux visités, mais aussi plus de périls (s’invite un clan revenu à l’état sauvage), plus de monstres et, oui, plus de frissons.

À la réalisation, John Krasinski a gagné en assurance tout en continuant de s’inspirer de Steven Spielberg. Ainsi, après avoir traité ses monstres commele requin de Jaws en les dévoilant petit à petit, chose qu’il ne pouvait évidemment pas refaire ce coup-ci, le réalisateur pige dans le lexique filmique de Jurassic Park (Le parc jurassique), reprenant entre autres, en la reconfigurant, la séquence emblématique de la cuisine.

À nouveau, par contre, les dialogues sont faibles, on dénombre quelques hasards providentiels suspects, et certaines décisions des personnages font lever les yeux au ciel.

Magie du montage

En revanche, A Quiet Place II bénéficie d’un montage exemplaire de Michael P. Shawver (co-monteur de Creed et de Black Panther). On pense à ce long passage où, en alternance, on suit Megan et Emmett en plein périple, Evelyn lors d’une virée risquée au centre-ville déserté et Marcus veillant sur le bébé. Les trois trames ont chacune leur montée dramatique, mais sont parfaitement synchronisées.

Loin d’être dilué, le suspense s’en trouve triplé. Plus tard, le procédé sera repris, assez habilement.

Bref, c’est là une suite qui non seulement fait le travail, mais le fait bien.


Un coin tranquille 2e partie (V.F. de A Quiet Place II)

★★★

Horreur de John Krasinski. Avec Emily Blunt, Millicent Simmonds, Cillian Murphy, Noah Jupe, John Krasinski, Djimon Hounsou. États-Unis, 2020, 97 minutes. En salle le 28 mai.



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