«Trois jours et une vie»: les secrets du village

La scène de la battue en est une puissante. Sur notre photo: l’acteur Jeremy Senez interprète Antoine Courtin qui, dans un moment de rage en pleins bois, a lancé un objet à la tête de son petit voisin, mort sur le coup, avant de cacher le corps au fond d’une crevasse puis de se buter dans un douloureux silence.
Photo: AZ Films La scène de la battue en est une puissante. Sur notre photo: l’acteur Jeremy Senez interprète Antoine Courtin qui, dans un moment de rage en pleins bois, a lancé un objet à la tête de son petit voisin, mort sur le coup, avant de cacher le corps au fond d’une crevasse puis de se buter dans un douloureux silence.

Scénarisé par Pierre Lemaître (auteur d’Au revoir là-haut) d’après son roman éponyme, mis en scène par Nicolas Boukhrief, (Made in France, La confession), Trois jours et une vie repose sur un climat d’étouffement, de suspicion et de lourds secrets du village d’Olloy.

Avec une caméra très élégante, des images parfois panoramiques et d’habiles jeux de lumière, ce film tourné dans les Ardennes françaises pose la forêt dans un univers de conte où les loups n’en sont guère et où un accident tragique pourrait, n’eût été une omerta, changer l’avenir d’un enfant de douze ans. Car c’est le jeune Antoine (Jeremy Senez) qui, dans un moment de rage en pleins bois, a lancé un objet à la tête de son petit voisin, mort sur le coup, avant de cacher le corps au fond d’une crevasse puis de se buter dans un douloureux silence. Sa mère (Sandrine Bonnaire, toute en angoisse rentrée) perce le sens de son mal-être sans lui poser de questions.

L’identité du coupable, le spectateur la découvrira vite après que des signes de malheur se soient pointés à l’horizon, surtout la mort d’un chien, frappé par une voiture, achevé par son maître l’atrabilaire père du disparu (Charles Berling, remarquable). Une battue (scène puissante), des moments tragiques à l’église, une enquête sur le terrain seront interrompus par une tempête aux terribles crues qui détruira une partie d’Olloy et des bois environnants, en laissant les énigmes irrésolues durant maintes années. Devenu jeune médecin, Antoine (Pablo Pauly) se verra plus tard confronté au passé.

La distribution générale est imposante avec également Philippe Torreton en médecin du village, qui a vu mais se tait aussi. Toutefois, les deux interprètes d’Antoine auraient gagné à dégager davantage d’énergie en tant que pivots de ce drame, et leurs figures de retrait empêchent le thriller psychologique d’exploser à pleine charge.

Reste que l’atmosphère trouble enveloppant cette communauté loin du monde est bien rendue, sertie d’une trame musicale fine et angoissante. Au fil du temps, les confidences de témoins acculent Antoine au bord du mur, les deux temps de l’action se répondent, de petits arrangements se concluent, sans étouffer les peurs et les remords de celui qui se voyait déjà exilé loin de ses souvenirs. Mais une mécanique se met en branle dont nul ne peut interrompre le cours.

Trois jours et une vie se révèle un film troublant, en général bien joué, bien réalisé et monté, mais sans la tension extrême qui en aurait fait une œuvre tout à fait percutante. La volonté du cinéaste et du scénariste de ne jamais condamner Antoine se défend, vu l’âge tendre de l’assassin malgré lui, sans l’exonérer pour autant. Tout demeure flottant en un temps suspendu. Sauf qu’à travers cet équilibre instable, une force dramatique s’égare et les déchirements amortis ne parviennent pas à traduire l’horreur d’une situation sans issue.

 

Trois jours et une vie

★★★ 1/2

Drame de Nicolas Boukhrief. Avec Sandrine Bonnaire et Charles Berling. France, 2019, 120 minutes.

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