«The Retreat»: quand les proies se rebiffent

Une scène du film The Retreat
Brigade Publicity Une scène du film The Retreat

Valerie et Renee sont en couple depuis un moment. La seconde n’a cependant pas encore rencontré tous les amis de la première. Voici donc les deux femmes en route vers un Airbnb, rebaptisé « Gaybnb », en pleine nature où les attendent Scott et Connor, un autre couple.

Mais contrairement aux spectateurs, Valerie et Renee ignorent que les deux hommes sont tombés aux mains d’un mystérieux assaillant, qui guette toujours. Or, le maniaque en question aura l’occasion de regretter ses actions. Tout en embrassant la nature viscérale et gore du genre, The Retreat (V.O.) éviscère — littéralement — certains vieux clichés homophobes du film d’horreur.

Ici, un peu d’histoire s’impose. Car il faut savoir que la communauté LGBTQ+ et le cinéma d’épouvante ont toujours entretenu un rapport compliqué. Il s’agit en effet là d’une relation paradoxale.

Ainsi, du lesbianisme latent dans Rebecca (1940), Cat People (La féline, 1942) ou The Haunting (La maison du diable, 1963), au sous-texte homoérotique dans Fright Night (Vampire, vous avez dit vampire, 1985), A Nightmare on Elm Street 2 : Freddy’s Revenge (Les griffes de la nuit 2 : la revanche de Freddy, 1985) ou Interview with a Vampire (Entretien avec un vampire, 1994), la « différence » fut souvent l’apanage d’antagonistes, de figures secondaires sacrificielles ou d’antihéroïne et antihéros tragiques.

Seulement voilà, la simple présence de ces personnages constituait une reconnaissance bienvenue de l’existence de ladite différence pour qui la vivait. D’où le paradoxe. Cela vaut pour toutes les déclinaisons de l’horreur, du gothique soigné au fantastique débridé en passant par le slasher peu raffiné.

Tourné par Pat Mills dans les bois ontariens, The Retreat reprend à dessein, pour mieux les détourner, plusieurs motifs de ce sous-genre précis : tueur masqué, traque meurtrière en forêt, etc. « À dessein », puisque traditionnellement, dans le slasher, les personnages traités par leurs camarades de « faggot » (tapette, ou « femmelette » dans les doublages made in France à l’époque) ne font pas vieux os. À l’instar des personnages féminins qui, exception faite de la jeune vierge du groupe, n’y ont qu’une très courte espérance de vie. C’est cet héritage que rejette The Retreat.

À mesure que le film avance toutefois, on se déplace davantage en contrée dite de « torture porn » (voir les films Saw, Hostel, etc.), autre sous-genre où, cette fois, les sévices infligés ne surviennent pas comme des explosions de violence momentanées, mais s’étirent et tendent à prendre le pas sur l’intrigue.

À cet égard, malgré le travail réfléchi de déconstruction et le second degré satirique réjouissant présents dans le scénario d’Alyson Richards, le film de Pat Mills est un brin carencé côté récit. En cela qu’il est des passages répétitifs où, sous couvert de jouer sur les nerfs, de forger un suspense, on assiste surtout à du remplissage narratif. De telle sorte que même à 80 minutes, il y a des longueurs.

Bémol additionnel : lors de poursuites nocturnes, faute de budget sans doute, la direction photo ne permet pas d’y voir grand-chose.

Renversement des codes

Cela étant, la charge subversive est là, habilement déployée, à l’instar d’ailleurs de la décharge cathartique, raison d’être du film. Le concept central duquel, incluant un rebondissement au mitan, s’avère suffisamment ingénieux pour garder en haleine.

D’autant qu’on s’attache d’emblée à Sarah Allen (Valerie) et Tommie-Amber Pirie (Renee), complices et crédibles. Pirie, en particulier, livre une performance aussi solide sur le plan physique que psychologique. En prédateur qui rôde, Rossif Sutherland est efficace également. Gros atout pour les amateurs : les trucages sanguinolents « à l’ancienne » sont très réussis.

De manière générale, The Retreat s’inscrit dans un mouvement plus global. De fait, sur la scène indépendante, on observe ces années-ci une nette évolution en cinéma d’horreur : l’homosexualité n’est plus inscrite en filigrane, implicite, mais existe au grand jour, et qui est lesbienne ou gai peut désormais accéder au rôle de protagoniste.

Tous assez récents, B & B (2017), Rift (2017), The Perfection (2018), What Keeps You Alive (2018), ou encore Spiral (2019), sont des exemples de ce renversement de codes et poncifs longtemps hétéronormatifs.

Ses qualités supplantant ses défauts, The Retreat s’impose comme l’un des bons titres du lot.

 

The Retreat (V.O.)

★★★

Horreur de Pat Mills. Avec Tommie-Amber Pirie, Sarah Allen, Rossif Sutherland, Celina Sinden. Canada, 2021, 82 minutes. Disponible en VSD (digital) sur Sony, Cineplex, Microsoft, Google, iTunes ;(câble) sur Telus, Shaw, Rogers, Bell, Sasktel,Cogeco.

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