«Le miroir»: le secret de ma mère

Malgré ses nobles efforts, Normand Daneau n’arrive pas à tirer le film de sa torpeur. À ses côtés, Lise Roy s’acquitte honnêtement de sa tâche.
Filmoption International Exogène Films Malgré ses nobles efforts, Normand Daneau n’arrive pas à tirer le film de sa torpeur. À ses côtés, Lise Roy s’acquitte honnêtement de sa tâche.

Photographe croulant sous les dettes, Jean (Normand Daneau) se rend en Belgique où sa mère, Diane (Lise Roy), qui y menait avec succès une carrière de peintre, s’est suicidée. Selon le testament olographe de cette dernière, qu’il n’a pas vue depuis cinq ans, elle lui lègue un miroir d’une grande valeur ayant appartenu à safamille depuis des générations. Or, Fabrice (Bruno Piccolo), jeune mari de Diane, et sa mère (Jacqueline Van De Geer) ne l’entendent pas ainsi. Viendra en aide à Jean Juliana (Tatiana Zinga Botao), une amie de la défunte.

Chargé de cours de cinéma depuis une dizaine d’années à l’Université de Montréal, réalisateur du documentaire Contact avec l’autre (1998), Marc Joly-Corcoran ne disposait que de 45 000 $ pour son premier long métrage de fiction, dont il est à la fois réalisateur, scénariste, producteur et monteur. Sans la générosité des techniciens et des acteurs, qui ont accepté un salaire en différé à 100 %, sans doute que Le miroir n’aurait jamais vu le jour.

Malgré la bonne volonté de chacun, ce drame semi-autobiographique sur les traumatismes de l’enfance ne convainc guère. Trop ambitieux pour ses moyens dérisoires ? Même un budget faramineux n’aurait pu empêcher les maladresses de s’y multiplier, tant à cause des choix narratifs qu’esthétiques.

Léthargie ambiante

 

Très tôt dans le récit, au moment où Diane pose un geste qui choque son fils et entraînera leur rupture, le réalisateur transforme le ratio de l’image afin d’installer un personnage qui aura été le témoin des sombres secrets de la famille : le miroir. C’est donc à travers un cadre rectangulaire fixe que seront racontées la jeunesse de Diane et l’enfance de Jean. Outre Diane trentenaire (Bénédicte Décary), on y découvrira le père (Guillaume Cyr) et le grand-père (Benoît Guérin) de Jean.

Alors que ce cadrage aurait dû apporter une quelconque note de réalisme magique ou l’effet d’une présence surnaturelle, il lasse très vite et provoque une inconfortable impression d’étouffement et, pis encore, de voyeurisme.

À l’annonce de la mort de la mère, Joly-Corcoran fait maladroitement entrer en scène une mystérieuse fillette (Élia St-Pierre), dont l’identité ne sera révélée que beaucoup plus tard. Si l’on devine la volonté du cinéaste d’ajouter une touche onirique ou fantastique au tout, cette apparition éthérée ne fait que semer désagréablement la confusion.

Pour ajouter aux malheurs du spectateur, Le miroir souffre d’un montage languissant, lequel accentue l’atmosphère léthargique qui règne du début à la fin. Alors que la caméra s’attarde inutilement sur les détails du décor et que certains raccords brouillent la chronologie, force est de se demander si Joly-Corcoran a voulu conférer au tout l’allure d’un mauvais rêve éveillé. Cela pourrait expliquer la structure bancale du récit, sa temporalité hasardeuse et sa finale boiteuse.

Enfin, malgré ses nobles efforts, Normand Daneau n’arrive pas à tirer le film de sa torpeur. À ses côtés, Lise Roy et Tatiana Zinga Botao s’acquittent honnêtement de leur tâche, tandis que Bruno Piccolo et Jacqueline Van De Geer, aux prises avec des personnages dessinés à gros traits, sombrent dans le ridicule.

Le miroir

★★

Drame de Marc Joly-Corcoran. Avec Normand Daneau, Tatiana Zinga Botao, Lise Roy, Bénédicte Décary, Élia St-Pierre, Bruno Piccolo, Jacqueline Van De Geer, Guillaume Cyr et Benoît Guérin. Québec, 2019, 85 minutes. En salle.

À voir en vidéo