«Riders of Justice»: le veuf, l’algorithme et le complot

Markus (Mads Mikkelsen) est un personnage qui permet à la charismatique vedette de tabler sur toutes ses forces. Le rôle est ainsi très physique, mais exige également un recours soutenu au non verbal, au regard, surtout lors des passages avec Mathilde (Andrea Heick Gadeberg, solide).
Photo: Métropole Films Markus (Mads Mikkelsen) est un personnage qui permet à la charismatique vedette de tabler sur toutes ses forces. Le rôle est ainsi très physique, mais exige également un recours soutenu au non verbal, au regard, surtout lors des passages avec Mathilde (Andrea Heick Gadeberg, solide).

Markus rentre à peine d’Afghanistan. Or, ce ne sont pas des images de combat qui le hantent, mais plutôt celle de sa conjointe, qui vient depérir dans un accident ferroviaire. Éploré, mais mal outillé en émotions, Markus a du mal à renouer avec sa fille Mathilde, survivante du drame ployant sous le coup d’une peine immense. C’est dans ce contexte qu’un soir, un homme qui était lui aussi à bord du train se pointe chez Markus avec, aux lèvres, une révélation qui change tout : il ne s’agissait pas d’un accident, mais d’un assassinat.

La cible ? Un membre d’un gang criminalisé qui s’apprêtait à témoigner contre ses anciens complices. Pour Markus et un petit groupe bigarré s’amorce alors une quête de justice maison qui pourrait être pétrie des clichés vengeurs habituels, n’eût été l’humour noir redoutable dont Anders Thomas Jensen agrémente son thriller Riders of Justice.

En filigrane, le film traite, sourire en coin, mais avec intelligence, de la notion de complotisme et du concept de preuve circonstancielle. Ah, et il y a dans le rôle principal Mads Mikkelsen, qui rehausse toujours de plusieurs crans le niveau d’intérêt des films dans lesquels il apparaît. Et ici, l’acteur danois s’amuse ferme.

Charismatique vedette

En effet, Markus est un personnage qui permet à la charismatique vedette de tabler sur toutes ses forces. En celaque le rôle est très physique compte tenu de la nature guerrière du récit, mais exige également un recours soutenu au non verbal, au regard (regard que Mikkelsen a captivant), surtout lors des passages avec Mathilde (Andrea Heick Gadeberg, solide), ou lorsque le protagoniste est seul face à son deuil.

Cette capacité à jouer sans dire sert en outre à merveille la star d’Alcootest dans la comédie : voir l’expression discrètement exaspérée de Markus lors de la séance d’entraînement de sa bande de néophytes au maniement d’armes.

D’ailleurs, c’est beaucoup par l’un d’eux, Otto (Nikolaj Lie Kaas, fameux), alias celui qui a mis au jour le complot meurtrier, que l’humour est intégré çà et là. Créateur d’un algorithme d’une absurde complexité, Otto est au fond l’exact contraire de Markus, et là encore, du contraste naît cette drôlerie occasionnelle.

Les séquences d’action, pour leur part, sont nombreuses et, à l’instar du reste du film, vraiment, mais vraiment bien conçues et filmées, l’attaque à domicile en particulier. On n’entrera cependant pas dans les détails, puisqu’une autre qualité de Riders of Justice est son abondance de rebondissements inattendus.

Le meilleur sans le pire

Ce sont en l’occurrence là des caractéristiques du cinéma d’Anders Thomas Jensen, qui allie volontiers ruptures de ton et narration rocambolesque. À signaler qu’après Flickering Lights, The Green Butchers, Adam’s Apples et Men Chicken, Riders of Justice constitue la cinquième collaboration entre le cinéaste et Mads Mikkelsen : l’humour noir demeure une constante lorsqu’ils se rencontrent, mais ce film-ci s’avère dans l’ensemble plus dramatique que les précédents.

Quoique c’est sans compter tous ceux où l’acteur est apparu que Jensen a écrit ou coécrit sans les réaliser (y compris l’excellent Après la noce, de Susanne Bier). Bref, la complicité entre Mikkelsen, devant la caméra, et Jensen, derrière, est patente, ce dont le film bénéficie encore.

En s’amusant avec les codes d’un sous-genre qui souvent se satisfait de recettes faciles et où Death Wish (Un justicier dans la ville) trône en modèle, une proposition comme Riders of Justiceséduit. Le meilleur de ce type de divertissement musclé est préservé, mais le pire est mis de côté : on a l’élément déclencheur viscéral, la décharge d’adrénaline et les frissons propres au défoulement par procuration, mais avec ce supplément de réflexion et d’humour distancié, le sordide est évité. Une très bonne surprise.

 

Riders of Justice (V.O., s.-t.a.)

★★★★

Thriller d’Anders Thomas Jensen. Avec Mads Mikkelsen, Nikolaj Lie Kaas, Andrea Heick, Gadeberg Lars Brygmann, Nicolas Bro. Danemark, 2020, 116 minutes. En salle au cinéma du Parc et en VSD sur la plupart des plateformes, dont iTunes/AppleTV+.



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