À voir à la télévision le dimanche 1er août - Le Balzac du cinéma

On dit des bons cinéastes qu'ils ont plusieurs idées et des grands, qu'ils n'en ont qu'une seule. Pour Claude Chabrol, la dissection de la bourgeoisie française, surtout celle de la province, apparaît dans ses films comme une obsession.

Petit thriller aux influences hitchcockiennes, drame conjugal où le bavardage n'a pas droit de cité, La Femme infidèle (1968) représente la manière Chabrol au meilleur de sa perversité, quand la nature humaine est décrite sous ses allures les plus surprenantes et les plus imprévisibles. Ce qui est moins étonnant dans ce film à la beauté glaciale, c'est qu'Hélène (Stéphane Audran, Mme Chabrol à la ville à l'heure de leur glorieuse collaboration), entre son époux, Charles (Michel Bouquet, la quintessence du bourgeois de cette époque), et son fils, entretient une liaison secrète avec Victor (Maurice Ronet), un écrivain. Découvrant avec qui sa charmante épouse passe tous ses après-midi, Charles, qui n'a guère l'étoffe des héros, et encore moins celle des meurtriers, porte un coup fatal à l'amant et décide de camoufler son crime. Hélène s'explique mal cette disparition et fait à son tour une triste découverte.

Sa réaction, que personne n'aurait pu prédire, pas même elle, donne la juste mesure du pouvoir de Chabrol à déconstruire des mondes en apparence sans surprise et d'une respectabilité étouffante. Dans ce contexte, l'intérêt du cinéaste pour les oeuvres de Georges Simenon (Les Fantômes du chapelier, Betty) allait de soi, tout comme son autre grande obsession, celle d'adapter à l'écran Madame Bovary, de Gustave Flaubert, ce qu'il fit en 1991 avec son autre formidable complice, Isabelle Huppert. Pourtant, c'est loin des monuments de la littérature française, dans ce qui constitue sa «comédie humaine de la Ve République», que ce Balzac du cinéma atteint les sommets, difficilement franchissables même pour Adrian Lyne, qui a fait de La Femme infidèle un remake (Unfaithful, avec Richard Gere et Diane Lane) au parfum... puritain.

Cinéma / La Femme infidèle

Télé-Québec, 21h30