«30 jours max»: nanar dans son jus réac

Une scène de «30 jours max»: on célèbre ici le machisme ordinaire dans toute sa splendeur étriquée. Cela, en s’en tenant résolument au premier degré. 
Photo: TVA Films Une scène de «30 jours max»: on célèbre ici le machisme ordinaire dans toute sa splendeur étriquée. Cela, en s’en tenant résolument au premier degré. 

Rayane est policier, mais à le voir dans le feu de l’action, on peut se demander comment il a pu réussir sa formation. Maladroit au possible et nerveux tendance pleutre, Rayane n’en est pas moins ambitieux. Son rêve : stopper un gros narcotrafiquant afin de venger son père, séduire une collègue, et ainsi devenir l’idole du commissariat. Et c’est pas mal ça. Ah, un détail : Rayane croit à tort qu’il ne lui reste qu’un mois à vivre. Comédie d’un autre temps, 30 jours max cumule les clichés ringards.

Ce n’est en soi guère étonnant, puisque cette deuxième réalisation de Tarek Boudali, également scénariste et vedette, fait suite à un premier film accueilli avec consternation en France (il ne fut pas distribué au Québec) : Épouse-moi mon pote, ou le récit d’un sans-papiers hétéro qui épouse son meilleur ami tout aussi hétéro afin de régulariser son statut, avec à la clé une enfilade de lieux communs homophobes, a-t-on dénoncé là-bas.

À l’époque, Libération écrivait, en se désolant du succès d’entrées : « triomphe hélas la désolante comédie Épouse-moi mon pote, bête, méchante, homophobe, sexiste… »

À ce propos, on reconnaîtra à 30 jours max le mérite, relatif, d’être conséquent. En cela qu’à nouveau les mêmes qualificatifs s’appliquent. Malgré les reproches antérieurs, l’homophobie est là, plus diffuse certes, avec ce collègue Pierre visiblement amouraché de son partenaire Tony : tant le personnage que le sentiment sont tournés en dérision. Pour faire bonne mesure, on peut ajouter le qualificatif « transphobe » à la liste, par l’entremise du sort réservé audit Tony, le flic alpha du poste : en guise de « punition » narrative pour avoir été un antagoniste de Rayane, il se retrouve avec une paire de seins en cours d’intrigue. Si, si, un homme avec des seins : n’est-ce pas que c’est hilarant ?

Facilité et longueurs

En somme, on célèbre ici le machisme ordinaire dans toute sa splendeur étriquée. Cela, en s’en tenant résolument au premier degré.

Mais bon, 30 jours max peut bien souscrire aux valeurs de son choix : qu’en est-il du reste ? Rayon comédie, le film oscille entre le lourdaud et l’affligeant. À titre d’exemple, par deux fois plutôt qu’une, un otage se fait assommer à la place de l’assaillant : on voit venir le gag éculé, on l’attend, on le reçoit, on soupire.

La direction d’acteurs souscrit à la même approche où l’outrance s’appuie sur la facilité. José Garcia (La vérité si je mens ! 1-2-3) est particulièrement pénible en méchant caractériel.

La mise en scène est quant à elle laborieuse : curieux comme un film qui multiplie à ce point les plans en un vain effort de dynamisme s’avère au final si plein de longueurs.

Or, les longueurs, en humour, ce n’est pas exactement gagnant. Prenez, vers le début, cette opération avortée contre le fameux narcotrafiquant : entre deux quiproquos ineptes où Rayane s’humilie, ça traîne, ça traîne… Le reste du film est à l’avenant. Bref : au secours !

 

30 jours max

Comédie de Tarek Boudali. Avec Tarek Boudali, Philippe Lacheau, Vanessa Guide, José Garcia, Julien Arruti, Marie-Anne Chazel. France, 2020, 90 minutes. En salle dès le 21 mai.

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