«The Woman in the Window»: autopsie d'un navet

Amy Adams dans le rôle d’Anna Fox
Melinda Sue Gordon Netflix Amy Adams dans le rôle d’Anna Fox

Anna Fox est une psychologue de Boston qui souffre d’agoraphobie. Elle est la mère d’une fille de huit ans, mais son ex-conjoint en a pour l’heure la garde exclusive. Anna demeure toutefois en contact avec eux, par téléphone. Le reste du temps, elle mélange alcool et médicaments et espionne ses voisins, dont la famille Russell, qui vient d’emménager en face. Or, voici qu’une nuit, elle est témoin d’un meurtre chez les Russell. Évidemment, personne ne la croit, d’autant qu’il n’y a pas de cadavre et que les Russell affirment ne rien comprendre aux élucubrations d’Anna. Fruit d’une production compliquée, The Woman in the Window (La femme à la fenêtre) arrive précédé d’échos peu encourageants.

Qu’en est-il ? En un mot, c’est un navet. Pas un navet de calibre compétitif, mais un navet tout de même. Triste constat devant tout ce talent réuni au centimètre carré. À la réalisation, il y a Joe Wright, cinéaste estimable derrière Atonement (Expiation, 2007).

Quant au générique, il est garni d’interprètes habituellement excellents : Amy Adams, Gary Oldman, Julianne Moore, Jennifer Jason Leigh… Chacun fait ce qu’il peut, mais rien ou presque ne tient debout.

En effet, The Woman in the Window est le genre de film que l’on regarde dans un état de quasi-stupeur tant les comportements des personnages et les retournements de situation s’avèrent invraisemblables ou stupides, voire les deux à la fois. De façon générale, le scénario ne parvient pas à faire avancer l’histoire tout en respectant une logique de base, de telle sorte qu’on n’arrive jamais à s’investir.

Invraisemblance à la pelle

Des interactions entre Anna et son locataire David ou entre Anna et les Russell, à l’attitude des autorités après le meurtre présumé, tout sonne faux. Et c’est sans compter cette « grande révélation » qui n’en est pas une : devant l’insistance du film à traiter la chose comme un brillant coup de théâtre, on ne peut que soupirer. Idem lors du dénouement, expéditif et filmé n’importe comment.

À la mise en scène justement, Joe Wright multiplie les plans tape-à-l’œil et l’esbroufe technique, comme pour éviter à tout prix la théâtralité inhérente à un décor unique, une maison de ville pourtant (invraisemblablement, bis) immense. Décidément, Wright est plus à l’aise avec les récits conjugués au passé, voir Pride & Prejudice(Orgueil et préjugés, 2005) ou Darkest Hours (L’heure la plus sombre, 2017), qu’au présent, voir The Soloist (Le soliste, 2008) et maintenant ce film-ci.

En phase avec la manière tapageuse privilégiée à la réalisation, la musique se fait tonitruante dans le suspense, comme si la tension n’était qu’une affaire de décibels. Dans le rôle-titre, Amy Adams est parfois crédible et émouvante, mais le plus souvent, chez elle aussi, l’excès l’emporte.

En somme, tout est gros, comme si une approche emphatique pouvait masquer les trous béants du scénario.

En amont du naufrage

Le film est tiré d’un best-seller de 2018 signé A.J. Finn, alias Daniel Mallory, et il se trouve que ce volet est beaucoup plus intéressant. Pour mémoire, le titre The Woman in the Window coiffa d’abord un classique du film noir de Fritz Lang devenu célèbre pour sa fin — avis de divulgâcheur — « ce-n’était-qu’un-rêve ».

Mallory n’a heureusement pas repris ce procédé ringard, mais on lui a reproché d’autres « emprunts » significatifs, au film Copycat (Jon Amiel, 1997) en l’occurrence, où Sigourney Weaver incarne une psy agoraphobe. On pourrait également citer parmi les inspirations The Window (Ted Tedzalf, 1949), où un gamin qui espionne ses voisins les surprend en plein homicide, et Rear Window (Alfred Hitchcock, 1956), où un photographe confiné à son appartement soupçonne un voisin d’avoir tué sa femme — Daniel Mallory a revendiqué cette dernière influence. À noter que ces films sont inspirés d’une nouvelle et d’un roman de Cornell Woolrich, respectivement.

Coup de théâtre, un vrai et un bon celui-là : en 2019, une enquête accablante du New Yorker révéla que Mallory avait menti à profusion sur son passé, sa famille, sa formation universitaire et son parcours professionnel. En fait, l’adaptation de son roman devait sortir cette même année, mais des projections-tests apparemment désastreuses convainquirent le studio Fox, propriété de Disney, de repousser la sortie le temps d’écrire et tourner de nouvelles scènes puis de remonter le film.

Vint la COVID et la sortie désormais prévue pour le mois de mai 2020 fut encore repoussée. Cela, avant que Disney décide finalement de vendre le film à Netflix. Voilà plus de rebondissements que le scénario en contient !

À terme, il ne fait aucun doute que The Woman in the Window trouvera sa bonne part de spectateurs curieux, vedettes et bande-annonce habile aidant, mais qu’on ne s’y trompe pas : on perdra moins son temps à regarder soi-même par la fenêtre. Quel qu’il soit, le spectacle sera meilleur.

La femme à la fenêtre (V.F. de The Woman in the Window)

★ 1/2

Suspense de Joe Wright. Avec Amy Adams, Fred Hechinger, Wyatt Russell, Gary Oldman, Julianne Moore, Jennifer Jason Leigh. États-Unis, 2020, 100 minutes. Sur Netflix.