«Wrath of Man»: le père fâché

Holt McCallany (Bullet), Jason Statham (H), Josh Hartnett (Boy Sweat Dave) et Rocci Williams (Hollow Bob) dans le thriller de Guy Ritchie «Wrath of Man»
Photo: Metro Goldwyn Mayer Holt McCallany (Bullet), Jason Statham (H), Josh Hartnett (Boy Sweat Dave) et Rocci Williams (Hollow Bob) dans le thriller de Guy Ritchie «Wrath of Man»

Le réalisateur anglais Guy Ritchie a fait sa réputation avec une variété de films à saveur criminelle joyeusement stylisés. Mise en scène hyperdynamique ponctuée de passages tout en contrastes filmés au ralenti, retours en arrière intempestifs, bouffées de violence extrême mâtinées d’humour : ce ne sont que quelques caractéristiques associées à sa signature. Hélas, cette signature, on la cherche en vain dans le film Wrath of Man (La furie d’un homme), la plus récente collaboration entre Ritchie et Jason Statham.

La vedette d’action incarne H, un nouvel employé d’une compagnie de fourgons bancaires qui a en réalité infiltré la compagnie pour mieux se venger des braqueurs responsables de la mort de son fils.

Pour mémoire, Ritchie et Statham ont collaboré précédemment sur les films Lock, Stock and Two Smoking Barrels (Arnaques, crimes et botanique ; 1998), Snatch (Snatch : tu braques ou tu raques ; 2000) et Revolver (2005).

La nature impersonnelle de Wrath of Man est d’autant plus étonnante. Qui plus est, à l’exception notable d’une commande comme Aladdin (2019), même lorsqu’il travaille pour un gros studio, Ritchie maintient son identité, en témoignent ses deux Sherlock Holmes (2009-2011).

Deux facteurs expliquent peut-être cela. D’une part, il s’agit pour Ritchie d’un rare film se déroulant aux États-Unis avec, exception faite du protagoniste, des personnages exclusivement américains (plusieurs joués par des Anglais).

Autrement dit, pas de personnages secondaires aux accents impossibles, un motif récurrent — et réjouissant — dans son cinéma. À la place, on a droit à une galerie d’anonymes joués par des acteurs certes compétents (Josh Hartnett, Jeffrey Donovan, Eddie Marsan, Andy Garcia, entre autres), mais qui n’ont rien à se mettre sous la dent.

D’autre part, il ne s’agit pas d’un scénario imaginé par Ritchie, mais d’un remake du film français Le convoyeur (2004), avec Albert Dupontel. Or, qui a suivi la carrière de Guy Ritchie se souviendra (ou préférera oublier) que le premier mur professionnel qu’il a frappé était cela, un remake, celui du classique de Lina Wertmüller Vers un destin insolite sur les flots bleus de l’été (1974), devenu Swept Away (À la dérive ; 2002), avec son épouse d’alors, Madonna.

Le convoyeur n’étant pas le même type de film chouchou des cinéphiles, l’accueil réservé à Wrath of Man risque d’être plus indifférent qu’indigné. À raison, car en vérité, le film est plus ennuyant qu’autre chose.

Tuer la tension

Il n’est que deux éléments où l’on reconnaît un brin la patte de Ritchie. D’abord, on retrouve ce machisme qui, poussé de coutume jusqu’à la caricature, passe la rampe. Mais puisque ce coup-ci, aucune touche d’humour ne vient l’atténuer ou le satiriser, on reste dans un premier degré béotien.

Ensuite, les flash-back sont là, abondants, mais contrairement à son habitude, le réalisateur ne parvient à leur insuffler aucune énergie.

Pire, le braquage fatidique qui a lancé H sur le chemin de la vengeance est revisité trois fois plutôt qu’une (peut-être plus, on en perd le compte) : depuis l’intérieur du camion blindé lors du prologue, puis du point de vue de H, puis de celui des brigands en plein milieu du film, un long passage qui s’étire et qui tue le peu de tension créé jusque-là.

Dès que la narration s’éloigne de Statham, l’intérêt se dissipe. Toujours charismatique, l’as du combat et de l’action tous azimuts a, bizarrement au vu du contexte, peu l’occasion de se mettre en valeur (on est à des lieues de Safe, Crank, ou Transporter).

Tant et si bien qu’à force de voir des liasses de billets verts partout dans le film, on finit par se demander si, au fond, réalisateur et vedette n’étaient pas là, eux aussi, que pour l’argent.

La furie d’un homme (V.F. de Wrath of Man)

★★

Thriller de Guy Ritchie. Avec Jason Statham, Holt McCallany, Jeffrey Donovan, Josh Hartnett, Eddie Marsan. États-Unis, Grande-Bretagne, 119 minutes, 2021. En salle le 7 mai et en VSD à partir du 25 mai.